Une œuvre inédite d’un élève de Rembrandt, Gerbrand van den Eeckhout

Le 21 janvier 2021, par Caroline Legrand

Découverte dans un château du Poitou, cette toile peinte par Gerbrand van den Eeckhout présente des qualités rembranesques… qui ne passeront pas inaperçues !

Gerbrand van den Eeckhout (1621-1674), Pharaon rend à Abraham son épouse Sara, toile, signée et datée sur la seconde marche « G.V. Eeckhout. fecit. / A. 1669 », 139 174 cm (détail).
Estimation : 60 000/80 000 €

La composition est magistrale, les personnages d’un impressionnant réalisme, et la tension dramatique habilement accentuée par les effets de lumière… Gerbrand van den Eeckhout a choisi l’épisode le plus tragique de l’histoire d’Abraham — relatée dans le chapitre 12 du livre de la Genèse —, celui où il est pris en faute par le pharaon et conduit à l’exil avec sa femme. C’est poussé par la famine que le couple avait quitté la terre de Canaan pour trouver refuge en Égypte. Mais Abraham pressent que la beauté de son épouse Sarah va attiser de nombreuses convoitises, et qu’il risque de son côté la mort. Il lui dit alors : «Je sais que tu es une femme de belle apparence. Quand les Égyptiens te verront, ils diront « C’est sa femme », et ils me tueront et te laisseront en vie. Dis, je te prie, que tu es ma sœur... pour qu’on me laisse en vie par égard pour toi». Cette dernière s’exécute et le pharaon, pensant que Sarah n’est pas mariée, la prend pour épouse et donne à Abraham du bétail et des serviteurs. Mais bientôt, de grandes plaies s’abattent sur le pays et le pharaon, qui, découvrant la cause de tous ces maux, fait conduire les deux fautifs hors du pays. Gerbrand van den Eeckhout nous permet d'assister à la grande scène de la confrontation entre Abraham et le souverain. Brandissant son sceptre, le souverain domine la composition, richement vêtu de son manteau doré à col d’hermine ; devant lui, à genoux, le vieil homme avoue son mensonge et reconnaît Sarah comme sa femme. De nombreux personnages assistent à cet événement, notamment les accusateurs, qui attendent la sentence. Le traitement de la lumière, la manière de situer les protagonistes dans l’espace, l’opulence des matières ou encore l’aspect oriental des figures de cette scène religieuse – l’emblématique turban du pharaon, souvent utilisé par le maître et ses élèves – sont autant de caractéristiques stylistiques qui rapprochent cette œuvre du travail de Rembrandt. Il faut dire que l’atelier du maître hollandais à Amsterdam, installé en 1635, était très important. Les sujets bibliques y étaient ainsi très courants, notamment tirés de l’Ancien Testament, car fort appréciés de la bourgeoisie locale. Eeckhout les fit siens, et aborda durant sa carrière par deux fois celui de Pharaon rendant à Abraham son épouse Sarah, pourtant rarement traité par les autres peintres de cette époque. Une autre version de sa main, de 1667, est en effet déjà passée sur le marché londonien. Achetée lors d’une vente à Bruxelles en 1903, la nôtre était conservée précieusement depuis lors dans un château du Poitou. Une peinture où se déploie toute la maestria technique de Gerbrand van den Eeckhout et sa capacité à retranscrire les leçons de Rembrandt, dans l’atelier duquel il travailla de la fin des années 1630 à 1645 environ. Ce fils d’orfèvre, qui commença son apprentissage dès 14 ans, devint d’ailleurs un ami proche du maître. Très grand dessinateur, il réinterprète adroitement dans sa facture libre et vigoureuse la manière baroque flamande, mais aussi le style plus tardif de son mentor. Réalisée en 1669, année même de la mort de ce dernier, cette œuvre fait ainsi figure d’émouvant hommage.

mardi 26 janvier 2021 - 02:00 - Live
Nantes - 8-10, rue Miséricorde - 44000
Ivoire - Couton - Veyrac - Jamault
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne