Une « Petite Ève » par Auguste Rodin

Le 29 octobre 2020, par Caroline Legrand
Une « Petite Ève », l’une des œuvres les plus célèbres et emblématiques de la modernité inhérente au travail d’Auguste Rodin, réapparaît à Lyon. Hasard ou signe du destin ?
Auguste Rodin (1840-1917), Ève, petit modèle à la base carrée et aux pieds plats, bronze à patine brun nuancé, fonte au sable par Alexis Rudier entre 1905 et 1917, signature « A. Rodin » à l’intérieur de la base, h. 75,3 cm.
Estimation : 400 000/600 000 

Les bras repliés, Ève se cache le visage ; honteuse, elle est prise de terribles remords après avoir succombé au péché et de ce fait condamné les hommes et les femmes des générations futures à une vie de douleur. Mais bien que son corps se courbe sous le poids de la faute, il révèle sa franche nudité, la présence concrète des muscles et de la chair, des formes larges et voluptueuses. Ève est l’un des ouvrages d’après nature les plus complexes d’Auguste Rodin. En effet, par un hasard aussi étrange qu’annonciateur, le modèle qu’il a choisi, Maria Abruzezzi, est enceinte au moment de l’élaboration de la sculpture. L’artiste finit par s’en rendre compte après avoir repris plusieurs fois les hanches et le ventre de sa figure. Il voit là un signe du destin : « Je n’avais certainement pas pensé que, pour traduire Ève, il fallût prendre comme modèle une femme enceinte ; un hasard, heureux pour moi, me l’a donnée, et il a singulièrement aidé au caractère de la figure.»
Rodin et Lyon, toute une histoire
Mais cette épreuve ultime du naturalisme devait s’interrompre avec l’abandon du modèle. Ève ne sera donc pas exposée avec Adam au Salon de 1881 et demeurera, tout comme l’ensemble du projet de la Porte de l’Enfer, inachevée. Le couple originel devait pourtant être le point d’orgue de cet ouvrage monumental, commandé pour orner l’entrée du futur musée des Arts décoratifs au palais d’Orsay. Rodin proposa en effet d’ajouter ces deux grandes figures de chaque côté de la porte en 1881, une suggestion acceptée et fort bien rémunérée puisque le budget allouéà l’artiste passa de 8 000 à 18 000 francs. Si l’Ève de grande taille ne fut présentée qu’en 1899 au Salon de la Société nationale des beaux-arts — quand l’artiste accepta enfin de montrer des œuvres non finies et brutes —, Rodin décida dès 1882 d’en réaliser une version réduite, exposée pour la première fois à Londres l'année suivante. Plus travaillée et sensuelle, cette statuette connut vite un beau succès, et plusieurs fontes furent réalisées par Alexis Rudier, dont celle-ci. Dite du petit modèle, à la base carrée et aux pieds plats, elle provient aujourd’hui de la descendance de M. Georges Brun à Lyon. Cette ville a entretenu très tôt une relation privilégiée avec Rodin. En 1906, il y présente une Ève ainsi qu’un Buste de Minerve, deux œuvres qui attirent tout de suite l’attention. Elles sont acquises par la Ville grâce à l’intervention du docteur Raymond Tripier, pathologiste célèbre et ami du sculpteur, mais aussi président de la commission du musée des beaux-arts. Les Lyonnais peuvent ainsi y admirer dès 1907 une Ève de grande taille… Enfin, c’est bien connu qu’avec Auguste Rodin il y a toujours une femme pas loin. Sa présence fréquente à Lyon n’est sans doute pas étrangère à celle de sa maîtresse et élève, Jeanne Bardey. Un temps nommée sa légataire universelle, elle sera écartée par Rose Beuret, épouse officielle à partir de 1917. Mais ça, c’est une autre histoire… 

dimanche 15 novembre 2020 - 14:30 - Live
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