Un Conventionnel peint par Adélaïde Labille-Guiard, une artiste royale

Le 26 novembre 2020, par Sophie Reyssat

Peintre de Mesdames, filles de Louis XV, Adélaïde Labille-Guiard immortalise un acteur de la Révolution, Marie-Jean Hérault de Séchelles, dans un portrait tout en délicatesse récemment mis en lumière.

Adélaïde Labille-Guiard (1749-1803), Portrait présumé de Marie-Jean Hérault de Séchelles (1759-1794), 1794, huile sur toile ovale, inscription à l’encre sur le châssis «Labille dite Guiard l’an 3e de la Rép...», 65 54 cm.
Estimation : 40 000/60 000 

Ce tableau est une redécouverte, grâce à son exposition à la Villa Vauban - Galerie d’art de la Ville de Luxembourg, en 2000. Récemment restauré par Stéphanie Martin, il révèle toute sa finesse, ainsi que des détails d’exécution représentatifs de la manière d’Adélaïde Labille-Guiard. Autant d’atouts qui lui vaudront d’être bientôt inclus au catalogue raisonné de l’artiste, en préparation par Sophie Join-Lambert, docteur en histoire de l’art et conservateur en chef du patrimoine. La toile démontre également que l’artiste, qui recevait des commandes royales avant la Révolution, est parvenue à s’adapter au nouveau régime. Peinte en 1794, elle représente selon toute vraisemblance Marie-Jean Hérault de Séchelles. Cet ancien avocat du roi, nommé commissaire auprès du tribunal de cassation par Louis XVI, siégea avec les députés montagnards et devint président de l’Assemblée législative, en 1792, avant de voter la mort de son ancien protecteur. Bien qu’il ait participé à la rédaction de la Constitution de l’an I et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, le jeune aristocrate fut suspecté de trahison et guillotiné avec Danton, l’année d'exécution de ce tableau. De la miniature au portrait La subtilité de l’expression et la justesse psychologique de ce portrait, ainsi que la délicatesse de la touche, notamment visible dans la perruque peinte mèche à mèche, témoignent de la virtuosité d’Adélaïde Labille-Guiard. Dès sa première exposition au Salon de l’académie de Saint-Luc, en 1774, elle a fait la démonstration de son talent de miniaturiste et de pastelliste, au point d’être comparée à Élisabeth Louise Vigée Le Brun. L’artiste a appris la première technique dès son adolescence, auprès du portraitiste François-Élie Vincent, et la seconde dans l’atelier de Maurice Quentin de La Tour. Forte de ce premier succès, elle rêve d’entrer à l’Académie royale de peinture et de sculpture, mais il lui faut pour cela apprendre la peinture à l’huile. C’est chose faite grâce à François-André Vincent, le fils du premier. De quoi assoir sa réputation. Celle-ci est définitivement acquise, grâce aux œuvres qu’elle expose au Salon de la correspondance, à partir de 1782. En réalisant les portraits de plusieurs académiciens, comme celui de Jean-Jacques Bachelier, qui fait autorité, elle s’assure en outre un précieux carnet d’adresses. Elle est ainsi reçue à l’Académie dès l’année suivante, conjointement avec Vigée Le Brun. Les deux artistes font ainsi partie des quinze femmes intronisées par la prestigieuse institution, entre 1663 et 1793. Une telle reconnaissance vaut d’ailleurs à Adélaïde Labille-Guiard d’être officiellement choisie comme portraitiste par Mesdames, filles de Louis XV, en 1787. Sans pour autant abandonner ses expositions au Salon, l’académicienne, qui dispose de son atelier rue Ménars, dans l'actuel 2e arrondissement de Paris, va désormais transmettre son savoir en enseignant l’art de peindre aux jeunes filles. Elle contribue ainsi à donner une nouvelle vision de la femme artiste et participe à faire évoluer l’art du portrait en prônant le naturel.

lundi 07 décembre 2020 - 10:00 - Live
Fontainebleau - 9-11, rue Royale - 77300
Osenat
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