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Un chef-d’œuvre de René Lalique

Publié le , par Philippe Dufour

Il s’agit d’une des pièces les plus rares du grand joaillier et maître verrier, connue en six versions : un relief en bronze, emblématique de l’art de son auteur et de son temps. Bientôt, la Femme ailée prendra un envol très attendu.

Un chef-d’œuvre de René Lalique
René Lalique (1860-1945), Femme ailée, bronze à patine brune nuancée, fonte à cire perdue, vers 1899-1900, 98,5 104,7 cm.
Estimation : 420 000/450 000 

La pièce, spectaculaire, met en scène un sujet emblématique de l’art nouveau : la femme, ici métamorphosée en un être ailé mi-nymphe mi-fée. Ses plumes se prolongent de manière démesurée, jusqu’à faire apparaître un second motif en creux, celui d’un grand papillon aux ailes déployées. La figure est novatrice, et ne pouvait naître que sous le crayon de René Lalique ; une création d’importance pour orner l’un des éléments conçus pour la grille décorant son stand à l’Exposition universelle de 1900, situé dans le groupe XV de la section bijoutiers-joailliers. Parfaitement répertoriés, et appartenant à des collections publiques comme privées, ces modules en bronze à patine brune sont au nombre de six, présentant des jeunes femmes dénudées, aux attitudes toutes différentes. Couronnée de corolles épanouies, la nôtre joint les mains, tandis que l’une de ses consœurs élève ses coudes au niveau du visage. Cette dernière a été également très médiatisée : l’œuvre fut mise en dépôt au musée Lalique de Wingen-sur-Moder, en Alsace, après que ses généreux propriétaires l’eurent acquise, chez Sotheby’s à Paris le 16 février 2013, pour pas moins de 1,24 M€ (source : Artnet). On se souvient aussi des deux Femme ailée aux bras levés issues de la même série, vendues chacune 492 500 $ par Christie’s à New York, le 13 décembre 2018 (ancienne collection Michel Périnet à Paris). Deux autres versions se laissent par ailleurs admirer dans les salles du Kunstgewerbemuseum de Berlin et du musée Lalique de Hakone, au Japon.
Vedette de l’exposition du siècle
Ces fleurons de l’art de Lalique ont été abondamment étudiés dans nombre d’ouvrages, composant une bibliographie de plus de vingt titres. Dont l’incontournable catalogue de l’exposition 1900 (RMN, 2000), qui présente justement sur sa couverture le détail d’une Femme ailée. On y retrouve aussi plusieurs photographies gardant le souvenir du spectaculaire stand imaginé par René Lalique pour la manifestation parisienne. La vue reproduite dans un ouvrage rédigé par Albert Quantin, intitulé L’Exposition du siècle, permet de détailler la fameuse balustrade in situ, se déployant sur un plan géométrique à pans coupés : la belle aux mains jointes présentée à Châtellerault en occupe le centre. Protégeant les présentoirs, ces grilles en bronze à motifs féminins se détachent sur un fond de gaze claire, sur laquelle sont également épinglés broches et pendentifs ; devant elles, d’autres bijoux réalisés par celui qui est alors le joaillier le plus novateur de son époque. C’est en 1886 que Lalique, formé au métier de dessinateur en joaillerie, reprend un ancien atelier de fabrication, situé place Gaillon à Paris. Dès lors, il commence à élaborer son propre vocabulaire décoratif, qui deviendra un véritable manifeste de l’art nouveau. Ainsi, au Salon des artistes français de mai 1895, il reçoit un troisième prix pour une audacieuse parure «aux libellules», son motif préféré. Cinq ans plus tard, grâce à ses recherches formelles, le bijou moderne a totalement évolué : d’accessoire, il est devenu un objet d’art à part entière… Les six muses ailées pouvaient savourer la consécration de leur auteur.

à savoir
Grande vente annuelle : meubles et objets d’art. Samedi 7 décembre, Châtellerault. Sabourin OVV. Cabinet Marcilhac.
samedi 07 décembre 2019 - 14:30 (CET)
Chemin du Chillou, Parc des expositions - Chillou d'Ozon - 86100 Châtellerault
Sabourin
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