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Trois anges à la table d’Abraham

Le 07 novembre 2019, par Philippe Dufour

Désireux de faire une démonstration de sa virtuosité, Noël Hallé livre pour le Salon de 1763 sa vision de cet épisode de la vie du patriarche biblique. Véritable morceau de bravoure, la peinture témoigne d’une nouvelle manière, plus apaisée.

Trois anges à la table d’Abraham
Noël Hallé (1711-1781), Abraham et les trois anges, huile sur toile, signée et datée sur la jarre «HALLE /1762», 243 259,2 cm. Estimation : 250 000/350 000 

Épisode clé de l’Ancien Testament, l’histoire d’Abraham et les trois anges a très souvent été représentée par les artistes, depuis les mosaïques de Monreale jusqu’à Marc Chagall. Le peintre Noël Hallé en a donné aussi sa version, empreinte de la vivacité élégante du XVIIIe siècle, tout en se conformant scrupuleusement au texte de la Genèse (18, 1-33). Envoyées par le Seigneur, les créatures célestes, sous l’apparence de trois jeunes hommes, se présentent au patriarche, dans son humble demeure de Mambré. Ainsi que le veut la coutume, Abraham leur a lavé les pieds, à l’aide d’une cruche et d’une cuvette posées au premier plan. Après avoir été conviés à partager le repas sous un arbre, les anges lui prédisent que sa femme Sarah sera bientôt mère d’un fils… alors qu’elle est déjà âgée de 80 ans ; l’épouse, amusée, écoute, cachée derrière une porte. Mais tout se déroulera suivant la révélation divine, et Sarah, jusque-là stérile, engendrera Isaac. Hallé, l’un des meilleurs interprètes du style rocaille en peinture, inscrit la narration dans une savante composition pyramidale, animant ses personnages d’une gestuelle théâtrale propre à la sensibilité du temps. Cependant, la toile marque une étape dans la manière de l’artiste, qui semble s’assagir et évoluer vers plus d’équilibre. Sa palette même participe d’une nouvelle sérénité ; elle a interpellé la spécialiste du peintre, Nicole Willk-Brocard : «Le soleil couchant éclaire les visages et illumine le ciel et les nuages de nuances de rose et gris. Le coloris est doux et harmonieux, les vêtements clairs des jeunes voyageurs s’opposant aux tonalités sourdes du bois de la cabane et du manteau d’Abraham.» À cet apaisement des formes et des couleurs, n’est pas étranger le fait que notre spectaculaire morceau de peinture (243 259,2 cm) a été réalisé pour le Salon de 1763, où l’esthétique néoclassique de certains tableaux séduit déjà une partie du public. En tête de ce mouvement, Joseph-Marie Vien, exposant, lors de la manifestation parisienne, sa célèbre Marchande d’amour, qui devait faire grand bruit. Cependant, à l’unanimité, les critiques encensent toujours Noël Hallé ; seul, le plus célèbre d’entre eux, Denis Diderot, le déteste. Cette année-là, le philosophe persifle, une fois de plus : «Vous m’ennuyez, monsieur Hallé, vous m’ennuyez !» Malgré cette adversité, notre peintre remportera encore bien des succès, bénéficiant de commandes royales, telle la lumineuse Course d’Hippomène et Atalante (1765), aujourd’hui au musée du Louvre.

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