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Toyen, inquiétante enchanteresse

Publié le , par Anne Foster
Vente le 17 mars 2017 - 14:00 (CET) - Salle 5 - Hôtel Drouot - 75009

Femme et surréaliste, Toyen a volontairement interrompu l’acte de peindre. Résistance, deuil de la liberté, mépris du monde qui l’entoure : autant de raisons avancées, autant de mystères… ainsi sont nés d’intrigants tableaux.

Marie Cerminova, dite Toyen (1902-1980), Au carrefour du silence, 1960, huile sur... Toyen, inquiétante enchanteresse
Marie Cerminova, dite Toyen (1902-1980), Au carrefour du silence, 1960, huile sur toile, 100 x 50 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €

© adagp, paris 2017

Très jeune, Toyen intègre l’avant-garde politique et artistique de Prague. À peine âgée de 25 ans, elle est reconnue par André Breton et ses amis. S’opposant à l’occupation nazie, elle arrête de peindre et ne reprend les pinceaux qu’en France, à Paris, où elle participera aux activités surréalistes. Proche de Breton, elle est l’une des rares à lui rester fidèle et figure dans toutes les expositions de son groupe, comme par exemple celle, «Surrealist Intrusion in the Enchanters’ Domain», organisée à la galerie d’Arcy à New York en novembre 1960, l’année où fut peint ce tableau. Ses œuvres, érotiques, énigmatiques, sont toujours empreintes de poésie. «L’artiste reste attachée à sa foi en la vie onirique et à la force de la poésie face aux forces du mal», écrit Agnès de La Beaumelle (in Le Dictionnaire universel des créatrices, éditions des Femmes, 2015). Cette toile, vendue prochainement, est à la fois magique et affolante, à l’instar d’une autre œuvre, À l’entrée du silence (datée 1954), aux deux oiseaux dos à dos sur fond de feuilles comme balayées. Ici, devant de fines branches dénudées se détachant sur du bleu, une silhouette semble émerger d’un tronc en forme d’obus. D’une sorte de masque dessinant un cœur naît un visage fantomatique, coiffé de vagues formes, dont certaines font penser à des oiseaux de nuit. Cette allégorie d’un corps est recouverte de petites feuilles, régulièrement disposées, tressant un réseau d’écailles. Étrange figure entre lézard et serpent, qui fixe le spectateur de ses grands yeux, vides, hypnotiques. Rêve ou cauchemar ? Toyen est passée maître dans l’art de créer des visions troublantes : elle juxtapose des éléments contradictoires, réalisant des associations suggestives de l’irréel et de la banalité quotidienne. Elle renouvelle le fantasme généré par la forêt, frontière entre la réalité et le rêve, univers d’où surgissent d’indéfinissables créatures, insolites, baroques, inquiétantes… Ses œuvres de cette décennie oscillent entre l’espoir d’un monde meilleur, où l’individu peut s’épanouir dans toute la plénitude de ses désirs et pensées intimes, et une vision plus sinistre de l’avenir. L’artiste a cessé de peindre en 1969. Elle était allée au bout de sa quête des sources pures de l’essence humaine, se heurtant sans cesse aux règles des institutions, et aux codes officiels hypocrites. Son œuvre est aussi paradoxale que sa personne : un pseudonyme sans genre, qui devait libérer cette femme aux multiples facettes de toute convention sociale, sa stylisation masculine… Toyen, se souvient André Breton, «de qui je ne puis jamais évoquer sans émotion le visage médaillé de noblesse, (…) dont les yeux sont des plages de lumière».

vendredi 17 mars 2017 - 14:00 (CET) - Live
Salle 5 - Hôtel Drouot - 75009
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