Sous le soleil pas exactement

Le 13 décembre 2018, par Pierre Naquin

Alors qu’Art Basel Miami Beach était encore une fois un beau succès, l’environnement était infiniment plus difficile pour les foires satellites. Même si la Miami Art Week en comptait près de vingt, c’est presque dix de moins qu’en 2017. Bilan.

La foire Scope, à Miami, accueillait 65 000 visiteurs cette année.
© SCOPE


Les foires off d’Art Basel Miami Beach, cette année, ne partaient pas gagnantes. Beaucoup d’entres elles n’avaient pas encore annoncé la liste de leurs exposants au moment où les visiteurs internationaux faisaient leurs bagages… Signe qu’à une semaine du début de l’événement, elles étaient encore en recherche. Malheureusement, rien de nouveau à cela. C’était déjà le cas à Bâle ce printemps ou plus près de chez nous, en octobre, pendant la FIAC. Sans même parler de «fair fatigue» des collectionneurs, la situation économique des petites et moyennes galeries tend à rendre l’accumulation de ces événements périphériques simplement insoutenable. Impossible de se voiler la face : le modèle est vieillissant ou pire, agonisant.
Le design en force
À tout seigneur tout honneur. Design Miami propriété du même groupe qu’Art Basel bénéficiait d’une organisation sans faille : pass VIP croisés avec la foire principale, situation géographique idéale à 100 mètres de la sortie ouest de la même manifestation, exposants de tout premier plan… Avec sa section Curio complètement intégrée au reste des exposants, elle se payait même le luxe de faire découvrir une très belle avant-garde du design international. Le format, qui fonctionnait particulièrement bien, devrait donner des idées à bien d’autres organisateurs. «La foire m’a semblé moins “remplie” que les années précédentes mais nous avons rencontré beaucoup de collectionneurs de premier plan et nous avons fait de belles ventes. Design Miami a toujours été notre foire préférée», déclare Stefan Friedemann, d’Ornamentum. Il vendait notamment une bague en or Fuck de Karl Fritsch pour 15 000 $, une pièce murale de Jaydan Moore pour 59 000 $ et le Seahorse Bag de Ted Noten pour 35 000 $. La galerie Siegelson, dont c’était la seconde participation et qui présentait pour la première fois le travail du créateur français Emmanuel Tarpin, plaçait ses pièces dans les collections de nouveaux clients à Miami, New York, São Paulo et Vienne. Jason Jacques réservait ou vendait toutes ses pièces de Katsuyo Aoki et Beth Cavener entre 20 000 et 250 000 €, notamment à des institutions. Ses pièces, plus historiques, d’Anne Marie Laureys et d’Aneta Regel, partaient également très bien «à de très belles collections». «Nous avons très bien vendu, cette année encore, à Miami. Les œuvres de Takuro Kuwata, Ritsue Mishima, Sterling Ruby et Kristin McKirdy ont trouvé place dans de très belles collections américaines et mexicaines. Nous avons également vendu à des institutions, c’est une première pour nous ici», nous confie le Belge Pierre Marie Giraud. «D’année en année les Européens, qui viennent moins, sont remplacés par des collectionneurs de Floride et surtout du Mexique et du Venezuela. C’est une très bonne évolution pour nous, qui venons rencontrer de nouveaux acheteurs. L’ambiance est aussi plutôt joyeuse. Les gens sont curieux et posent des questions. On ne s’y ennuie pas.» Située downtown, Pinta accueillait 42 000 personnes et un riche programme de conférences. Art Miami faisait le job. «Comme chaque année, nous avons bien vendu mais ce n’était pas le cas de tous les exposants», nous confie ainsi Adélie de Ipanema, de la galerie Polka. La petite sœur Context s’avérait catastrophique, un peu comme si les propositions les moins intéressantes avait été volontairement remisées dans la seconde tente. NADA se cantonnait, comme chaque année, à une avant-garde qui semble de plus en plus déconnectée de ce que les gens pourraient être prêts à acheter.
Sous les pavés, la plage, sur la plage, les tentes
Sur Ocean Drive, les trois tentes géantes de Pulse, Untitled et Scope rassemblaient de nombreux curieux. Scope, temple du bon goût, accueillait ainsi près de 65 000 visiteurs (+ 15 %), soit autant qu’une édition de la FIAC. «Nous avons réussi à étendre notre public au-delà des amateurs et des collectionneurs établis pour l’ouvrir aux nouvelles stars de la mode, du cinéma et de la musique ; il est capital pour nos exposants d’arriver à élargir le potentiel d’acheteurs», explique Alexis Hubshman, fondateur et directeur de la foire. Sur Untitled, la qualité des pièces présentées était en très forte progression. Avec un layout légèrement revu par rapport à 2018, c’était une des très belles surprises de cette Miami Art Week : beaucoup de découvertes intéressantes, comme le travail de Camila Lamarca sur le stand de la galerie HILO ou celui, minimaliste, de l’Uruguayen Marco Maggi sur le stand Josée Bienvenu. Côté ventes, les fortunes étaient très diverses. Sur Frame, la petite nouvelle de 2018 installée dans le Sagamore, un des art hotels historiques de Collins Avenue, l’ambiance était très enjouée. «Nous avons commencé un peu avant les autres dès le dimanche», explique Bertrand Scholler de la galerie 55 Bellechasse et fondateur de l’événement. «Les ventes s’accumulent jour après jour et comme nous sommes là jusqu’à fin mars 2019, on peut déjà parler de grand succès.» Étrange au premier abord, le format où les œuvres ne sont pas organisées par galerie mais mélangées dans des expositions plus ou moins «curatées», fonctionne plutôt bien. Les artistes quasi tous présents participent à l’organisation dans une ambiance collégiale. Côté ventes, le chiffre d’affaires total au bout d’une semaine atteint les 275 000 $. Parmi les plus belles ventes, une grande pièce du Sud-Africain Christiaan Conradie, à 52 000 $ et un diptyque de Jason Newsted, 45 000 $. Côté photo, Niloufar Banisadr plaçait cinq tirages de grandes et petites tailles (de 5 500 à 17 000 $) quand Melanie Weiner vendait deux exemplaires de sa série «This is America» (4 000 $ pièce). Difficile de dire à quoi ressemblera le paysage des foires off de Miami en 2019. Quelle place pour les formats généralistes ? On le voit avec Frame, Superfine!, Ink et d’autres, les galeries comme les organisateurs sont à la recherche d’éléments différenciants pour essayer de recréer un peu d’excitation chez les collectionneurs. Ceux-ci en ont terriblement besoin…

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