Sandro Botticelli, la beauté de l’âme

Le 10 novembre 2017, par La Gazette Drouot

Le peintre est célèbre pour avoir conçu un canon de beauté idéale. Loin d’être purement esthétique, celle-ci reflète une philosophie païenne Vue par le prisme chrétien, alors débattue à la cour des Médicis.

Sandro Botticelli (1445-1510) et son atelier, Vierge à l’Enfant à la grenade, panneau cintré dans la partie supérieure, 90,5 x 59 cm.
Estimation : 400 000/600 000 €

Sur son assise large comme un ventre maternel, l’Enfant Jésus repose. Avec son cou, ses bras et son buste allongés, la Vierge protège son nouveau-né, et l’enveloppe de son grand manteau. Elle tient la grenade devant son fils car elle sait. Elle sait le funeste destin qui l’attend, et ses grands yeux perdus au loin devant elle l’imaginent déjà. Quelle tristesse chez une si jeune mère… Derrière le parapet se déploie l’évocation du monde terrestre, pour lequel le Christ va se sacrifier. Au fond, la tour préfigure le clocher d’église qui, par son orientation, désignerait la forte lumière nimbant les protagonistes comme étant celle du crépuscule. Que de réjouissances ! Fort heureusement, la grenade est là, qui rappelle la résurrection du Rédempteur et la vie immortelle attendant chaque cœur éteint. Marsile Ficin (1433-1499) ne saurait contredire cette vision, lui l’optimiste, l’humaniste et précepteur de Laurent le Magnifique qui, dans les années 1470, a imposé à la cour des Médicis sa lecture chrétienne d’une philosophie païenne il fallait bien justifier cet élan nouveau pour le platonisme immémoré.
Le néoplatonisme médicéen. Botticelli a baigné dans ce cercle intellectuel d’une rare fécondité, se nourrissant des théories de Ficin et Pic de la Mirandole (1463-1494). Les souverains banquiers prêtent eux aussi l’oreille. N’ont-ils pas commandé au peintre l’une des œuvres les plus populaires et iconographiquement complexes qui soient,
La Naissance de Vénus ? Naissance et renaissance. Ficin a défendu le principe de résurrection ignorant l’inquiétude du péché. Pour le philosophe qui, en lisant la Bible, invoque tout à la fois Moïse, Prométhée et Pythagore, le salut se nomme tout simplement sérénité : «L’âme ne peut donc pas mourir, car si elle pouvait être privée de vie, elle ne serait pas une âme véritable, mais un être inanimé ou un semblant d’âme (…). On appelle mort tout ce qui est abandonné par la vie, c’est-à-dire abandonné par l’âme.» Ficin n’a jamais rencontré Satan et maintient que l’amour, charnel comme filial, doit être le moteur de l’homme. Cet idéal antique, il réussit à le concilier à sa foi chrétienne : aimer, c’est mourir. Mourir d’amour. En ne vivant plus que dans l’être aimé, on renonce à sa propre vie et à son âme pour le sacrifice ultime. Le nom du Christ n’est pas prononcé, mais la beauté du monde si chère à Ficin ne se reflète-t-elle pas grâce à la lumière divine ? Trêve d’iconologie. Cette Vierge à l’Enfant à la grenade, dérivant du tondo de même sujet conservé à la galerie des Offices, offre une image de beauté idéale recherchée au XVe siècle par les Florentins. Car «la beauté est la splendeur du visage divin», selon Marsile Ficin.

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne