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Rêve tragique de Phaéton

Le 04 novembre 2016, par Anne Foster

La folie du fils d’Apollon a inspiré de nombreux peintres de Rubens à Derain, en passant par Moreau et Redon. Ce dernier offrit à son ami Léon Fayet cette version.

Rêve tragique de Phaéton
Odilon Redon (1840-1916), La Chute de Phaéton, vers 1905-1910, huile sur carton toilé, 33 x 24 cm. Signée «Odilon» en bas à gauche. Annotation au dos : «À Léon Fayet - appartient à Léon Fayet».
Estimation : 50 000/80 000 €

La légende de Phaéton est rapportée dans les Métamorphoses d’Ovide. «Alors que les origines de Phaéton sont remises en question, il décide de prouver qu’il est bien le fils d’Hélios (le Soleil) en se rendant au palais de celui-ci. Apollon, qui le reconnaît, décide de lui accorder un vœu. Phaéton veut conduire le char de son père, or, même Jupiter ne peut contrôler les bêtes. Mais Phaéton reste sourd aux recommandations de son père, et monte sur le char.» Comme il était prévisible, il ne peut maîtriser le char du Soleil : «Les terres brûlaient et les océans se réduisaient alors, ne pouvant supporter davantage cette fournaise, la Mère Terre poussa un grand cri qui parvint jusqu’aux dieux», rapporte le poète. «Zeus n’eut d’autre choix que de foudroyer Phaéton pour stopper ce chaos. Phaéton tomba dans le fleuve mythique Éridan qui éteignit les flammes et lava le corps du garçon.» En 1878, Odilon Redon, lors d’une visite au Louvre, tombe en arrêt devant « Apollon vainqueur du serpent Python » (1850-1851) que Delacroix peignit pour le plafond de la galerie d’Apollon. La même année, il visite l’Exposition universelle et admire La Chute de Phaéton de Gustave Moreau ; il note alors : «Je ne sais quel souvenir de belles ébauches de Delacroix me prend en présence de cette page éclatante […] Delacroix a plus d’abandon, plus d’abondance […] il a surtout plus de passion.» Lorsque la couleur revient en force dans son œuvre, à partir des années 1890, ce «roi des mondes imaginaires» s’empare du mythe d’Apollon et de la légende de Phaéton. Il invente un monde de coloris fulgurants, des compositions hardies comme dans cette peinture des années 1905-1910. Les chevaux blancs, comme libérés d’un poids mort, rejoignent l’éther, surgissant du chaos coloré de la Terre. On aperçoit, sur le fond rouge écarlate, l’ébauche de la figure du fils du Soleil, prêt à disparaître dans le fleuve infernal. Cependant, il n’émane aucun pathos de cette peinture ; c’est une veritable déclaration d’amour à la couleur. Dès 1902, Odilon Redon avoue à Maurice Fabre : «J’ai voulu faire un fusain comme autrefois : impossible […] Au fond, nous ne nous survivons que grâce à des matières nouvelles. J’ai épousé la couleur depuis, il m’est difficile de m’en passer.» Léon Fayet (1826-1880), neveu de Gustave Fayet, un ami et confrère de Redon qu’il recevra à partir de 1908 à l’abbaye de Fontfroide, est aussi un peintre et un collectionneur.

art impressionniste et moderne
mardi 15 novembre 2016 - 19:30 (CET) - Live
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Ader
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