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Rétrospective Kokoschka au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris

Publié le , par Christophe Averty

Bien que le titre de cette impressionnante rétrospective prête à confusion – l’œuvre d’Oskar Kokoshka ne pouvant se réduire aux artistes fauves de première ni de seconde génération – c’est bien l’artiste rebelle, l’intellectuel rétif aux dogmes, le libre-penseur humaniste, antifasciste et engagé que célèbrent les cimaises...

Oskar Kokoschka (1886-1980), Autoportrait, 1917, huile sur toile, 79 x 63 cm. © Von... Rétrospective Kokoschka au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
Oskar Kokoschka (1886-1980), Autoportrait, 1917, huile sur toile, 79 63 cm.
© Von der Heydt-Museum, Wuppertal / photo Patrick Schwarz © Fondation Oskar Kokoschka / Adagp, Paris 2022

Bien que le titre de cette impressionnante rétrospective prête à confusion – l’œuvre d’Oskar Kokoshka ne pouvant se réduire aux artistes fauves de première ni de seconde génération – c’est bien l’artiste rebelle, l’intellectuel rétif aux dogmes, le libre-penseur humaniste, antifasciste et engagé que célèbrent les cimaises du musée d’Art moderne de Paris. Son surnom d’Oberwilding (sauvage en chef), dont il sera affublé dès ses premières expositions, est ici le fil conducteur d’un long parcours de 160 toiles, lithographies et documents, qui suivent l’artiste de ville en ville, d’exils en voyages. Vienne, où s’affirme son style expressif, Berlin et Dresde, où il panse les blessures d’une Première Guerre mondiale haïe et se joint aux artistes d’avant-garde, puis Paris, Prague, Londres… sont autant de marqueurs dans sa longue existence – 1886-1980 –, partagée entre son exigeante quête picturale et son implication profonde dans la pensée de son temps. Ce passionnant accrochage ample et aéré qui évite tout étouffement, tant sa peinture dense, parfois anxiogène, garde sa vitalité, révèle l’aisance du peintre à capter les figures – tels Brancusi ou le Marabout de Témacine –, sa faculté à rendre la poétique mélancolie du paysage – des transparences du port de Marseille au puzzle presqu’abstrait d’une vue de Berlin. S’étant essayé à tous les genres, même animalier, et à toutes les fulgurances que procurent le mouvement et les forces de la couleur, Kokoshka, que l’on n’avait pu voir en solo depuis 1983 à Bordeaux, livre ici tout son être, ses sensations brutales, directes, émouvantes. Mais l’exposition explore également les zones sombres de ce personnage complexe, tel son délire d’amoureux éconduit par Alma Mahler dont il s’invente un avatar, une poupée, qu’il détruira dans un élan théâtral et expressionniste. En contrepoint, sa douceur, son humour et sa volubilité sont aussi révélés dans trois films, humanisant cet artiste moins « sauvage » qu’humain, finalement plus sensible, généreux et mélomane que révolté.

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris,
11, avenue du Président-Wilson, Paris 
XVIe, tél. : 01 53 67 40 00,
Jusqu’au 12 février 2023.
www.mam.paris.fr
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