Restitutions : l’Académie des beaux-arts prend position

Le 13 décembre 2018, par Carole Blumenfeld

Face au rapport Savoy-Sarr, la vénérable institution montre qu’elle ne jouera pas les belles endormies et qu’elle tiendra pleinement son rôle d’instance consultative en matière culturelle et artistique.

Installation d’Adrien Goetz au siège précédemment occupé par Pierre Dehaye dans la section des membres libres de l’Académie des beaux-arts, mercredi 5 décembre 2018.
PHOTO JULIO PIATTI

En toute discrétion, et sans attendre la remise du rapport de Bénédicte Savoy et Felwine Sarr au président de la République le 23 novembre, l’Académie des beaux-arts a auditionné, lors de ses séances ordinaires du mercredi, nombre de spécialistes du sujet, dont Corinne Hershkovitch et Marie-Cécile Zinsou. Cinq jours après la réunion de l’Élysée et la publication du rapport, à la stupéfaction générale, la première réaction officielle émanait ainsi du 11, quai de Conti, qui publiait un communiqué pour le moins engagé : «L’Académie des beaux-arts, attachée à l’idée de musée universel, inventée en France, qui permet le dialogue entre les cultures et les civilisations, tient à réaffirmer le principe intangible d’inaliénabilité des collections nationales, indissociable de cette conception généreuse et ouverte du musée. L’Académie estime également légitime de donner accès à tous les peuples sur leurs territoires aux chefs-d’œuvre artistiques de leurs civilisations. Elle affirme aussi que l’inaliénabilité des collections nationales, garantie par la loi, n’interdit en rien cette indispensable circulation des œuvres d’art, au moyen de prêts, dans tous les musées du monde, souhaitée par le président de la République. D’éventuels déclassements ne peuvent être envisagés qu’au cas par cas.» Le mercredi suivant, lors de l’installation d’Adrien Goetz sous la Coupole, l’Institut était réuni au grand complet  avec entre autres la présence de Valéry Giscard d’Estaing, Marc Fumaroli, Henri Loyrette et Michel Zink. L’assistance était aussi celle des grands jours : outre Jean-Jacques Aillagon, Stéphane Bern, Éric de Chassey, Antoine Compagnon, Frédéric Mitterrand ou Henri Zerner, les directeurs des musées français occupaient tout un rang de l’auditoire.
«Paris doit être universel»
Dans son discours plein de verve et d’esprit, Hugues R. Gall lançait justement à Adrien Goetz : «Vous avez placé, comme il est normal, dans les deux livres que vous avez consacrés aux collections du Louvre, la frise des Ergastines. Elle est au Louvre grâce à lui (Choiseul-Gouffier ndlr). Je sais que vous vous battrez jusqu’au bout, avec l’épée qui vous sera remise tout à l’heure par Pierre Rosenberg, pour que ce marbre du Parthénon, régulièrement acquis et qui ne doit rien aux pillages ni aux spoliations, demeure au musée.» Le ton était donné. C’était ensuite au tour de Pierre Rosenberg de tirer la sonnette d’alarme : «C’est Paris qui doit être universel : Paris se doit d’avoir des musées qui montrent les plus belles œuvres de toutes les civilisations du passé.» Le président honoraire du musée du Louvre a invité le nouvel académicien à brandir fièrement son épée : «Mettez-la au service de causes qui vous tiennent à cœur comme elles nous tiennent à cœur, mettez-la au service de ces beaux-arts qui ont longtemps assuré la gloire de la France et dont nous n’avons aucune raison de ne pas tirer quelque fierté.» Au-delà de la question des restitutions, l’Académie des beaux-arts, depuis l’arrivée de son secrétaire perpétuel Laurent Petitgirard, début 2017, ne serait-elle pas en train de devenir la cellule de réflexion qui pourrait apporter un nouveau souffle aux institutions culturelles françaises ?

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