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Raoul Dufy, un autoportrait de jeunesse

Publié le , par Claire Papon

Le talent n’attend pas le nombre des années… Raoul Dufy a tout juste vingt ans quand il réalise ce saisissant autoportrait conservé une collection particulière depuis des décennies.

Raoul Dufy (1877-1953), Autoportrait, 1897, huile sur toile marouflée sur carton,... Raoul Dufy, un autoportrait de jeunesse
Raoul Dufy (1877-1953), Autoportrait, 1897, huile sur toile marouflée sur carton, 40 32 cm.
Estimation : 12 000/15 000 
Adjugé : 70 840 €

Nul ne sait à quoi pense ce jeune homme dont le regard se perd au-delà du spectateur… Bouche entrouverte, cadrage serré, source lumineuse placée au-dessus du visage, palette de tons bruns, roses et bleu foncé, renforcée par le blanc du col de la chemise, la présence est saisissante. Si le format vertical reste traditionnellement celui du portrait, la touche est moderne. Raoul Dufy tenait probablement beaucoup à cette œuvre, qu’il conserva avant de l’offrir à son ami et exécuteur testamentaire, Joseph Reynié. Ce sont les descendants de ce dernier qui s’en séparent aujourd’hui. Exposé en 1959 à la galerie Bernheim-Jeune-Dauberville, avenue Matignon, parmi d’autres chefs-d’œuvre de l’artiste, ce tableau est répertorié dans le premier volume du catalogue raisonné de l’œuvre peint signé Maurice Laffaille en 1972. Nulle autre trace de lui toutefois… S’il n’est donc pas une découverte, il s'agit d'une belle surprise comme les ventes aux enchères savent en proposer. Rares sont les autoportraits du peintre havrais, qui fit du paysage son terrain de prédilection. Une dizaine de représentations de l’artiste sont connues aujourd’hui, dont sept exécutées à l’époque du nôtre, conservées dans des collections publiques et privées, auxquelles s’ajoutent quelques pochades. Leur point commun ? Ce col cassé blanc qui permet «de mettre le visage dans la lumière, l’une des préoccupations importantes de Raoul Dufy», précise Fanny Guillon-Laffaille, spécialiste de l’artiste et autrice de plusieurs volumes des catalogues raisonnés de ses œuvres. Le peintre ne reviendra sur ce thème que dans les années 1945-1950, au crépuscule de sa vie. Si l’on ne connaît aucun portrait de ses parents ni de ses sœurs – restées plus volontiers dans l’ombre —, deux sont répertoriés de ses frères Gaston et Jean, nés respectivement en 1879 et 1888. S'y ajoutent quelques autres de contemporains parmi lesquels ceux d’Helena Rubinstein, de Pablo Casals, Nicolas Carjinski, Étienne Bignou et Nico Mazaraki. Le musée André-Malraux (MuMa) du Havre, qui conserve la deuxième plus importante collection d’œuvres de l'artiste – après le musée national d’Art moderne –, possède deux autoportraits : l’un «au chapeau mou» exécuté vers 1898, l’autre de la fin de sa vie. C’est dans le vert bocage normand que les Dufy trouvent leurs origines et non dans la lande écossaise, comme une légende – mais aussi son teint clair, ses cheveux blonds et ses yeux bleus – pourrait le laisser penser… Né au domicile familial, rue des Pincettes, de Léon Marius Dufy, caissier-comptable puis fondé de pouvoir au sein de l’entreprise Rispal (maison de négoce en métaux), et d’Eugénie Ida Lemonnier, le jeune homme reçoit une éducation bourgeoise et religieuse, et plus volontiers tournée vers la musique que vers la peinture. En 1892, toutefois, il entre à l’école municipale des beaux-arts, dans la classe de Charles Lhuillier, où il fait la rencontre d’Othon Friesz. Cinq ans plus tard, il prend le chemin de la capitale et intègre l’atelier de Léon Bonnat. Le succès ne tarde pas pour celui «dont la main gauche [Dufy était gaucher, ndlr] était venue au monde dessinatrice», selon les mots de son condisciple Maurice Lesieutre…

jeudi 21 avril 2022 - 14:00 (CEST) - Live
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