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Peindre hors du monde. Moines et lettrés des dynasties Ming et Qing au musée Cernuschi

Publié le , par Christophe Provot

«La plus importante exposition de peintures chinoises en Europe depuis près de vingt ans» : cette remarque, surprise au détour d’une conversation, peut paraître excessive mais n’est pas dénuée de pertinence. Plus d’une centaine de chefs-d’œuvre, prêtés exceptionnellement par le musée d’art de Hong Kong et présentés pour...

Mei Qing (1624-1697), Les Monts Huang, non daté, encre et couleurs sur papier, 153 x 52 cm.... Peindre hors du monde. Moines et lettrés des dynasties Ming et Qing au musée Cernuschi
Mei Qing (1624-1697), Les Monts Huang, non daté, encre et couleurs sur papier, 153 52 cm.
© Musée d’art de Hong Kong

«La plus importante exposition de peintures chinoises en Europe depuis près de vingt ans» : cette remarque, surprise au détour d’une conversation, peut paraître excessive mais n’est pas dénuée de pertinence. Plus d’une centaine de chefs-d’œuvre, prêtés exceptionnellement par le musée d’art de Hong Kong et présentés pour la première fois sur le continent, nous offrent un riche panorama de la peinture chinoise ancienne. Répondant au doux nom de Chih Lo Lou, soit le «Pavillon de la félicité parfaite», cet ensemble remarquable de rouleaux peints est le fruit d’une longue et patiente réunion, initiée dans les années 1950 par le collectionneur et philanthrope Ho Iu-kwong (1907-2006) et donnée au musée en 2018. Ces paysages – réels, fantasmés ou les deux à la fois – sont nés des pinceaux de moines et de lettrés ayant vécu à une période charnière de l’histoire de la Chine, entre le milieu du XVe et le début du XVIIIe siècle, alors que les derniers feux de la dynastie Ming (1368-1644) s’éteignaient sous les coups de l’envahisseur mandchou, conduisant à l’avènement des Qing (1644-1912). La plupart de ces hommes refusèrent de reconnaître le nouveau pouvoir, préférant abandonner charges et privilèges pour se retirer du monde et vivre dans la nature, loin du tumulte de la société. Le parcours s’articule ainsi en huit parties, mettant en exergue l’évolution de l’art du paysage, entre innovation et hommage aux grands maîtres du passé, et la condition de ces «artistes» vivant avant tout pour leur art davantage que par lui. La médiation est assurée par des élèves de l’École du Louvre, spécialisés en art de l’Extrême-Orient, et s’avère indispensable pour apporter un éclairage sur les pièces que des cartels seuls ne suffisent pas à donner. Car au-delà de la simple notion esthétique, si évidente, de ces œuvres, les références aux textes chinois sont nombreuses, et leur sens – à l’instar de l’éveil du dragon dans le paysage venteux de Qiu Ying (vers 1494-vers 1552) – est bien dissimulé. Bien malin qui saura le trouver.

Musée Cernuschi,
7, avenue Vélasquez, Paris 
VIIIe, tél. : 01 53 96 21 50,
Jusqu’au 6 mars 2022.
www.cernuschi.paris.fr
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