Paris sous la lumière du Douanier Rousseau

Le 21 mars 2019, par Caroline Legrand

Avec son style unique, le Douanier Rousseau réinvente la peinture et ses thèmes traditionnels. Une vue de Paris, en vente prochainement à Aix-en-Provence, témoignera ainsi de ses talents de paysagiste.

Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau (1844-1910), La Seine au Trocadéro, huile sur toile (détail), 1895, certificat M. Yann le Pichon, 27,5 46,2 cm.
Estimation : 20 000/30 000 

Face à ce paysage urbain du Douanier Rousseau, on comprend pourquoi les peintres cubistes  mais aussi les membres des autres avant-gardes  furent admiratifs du travail de l’artiste naïf. Ce pouvoir de synthèse, ces lignes épurées, réduites à l’essentiel, et cette lumière transcendante ne pouvaient les laisser indifférents. Si Henri Rousseau est aujourd’hui plus connu pour ses jungles, ce sont les vues de Paris et de ses environs qui dominent, en nombre, sa production. D’ailleurs  comme l’indique le catalogue de l’exposition « Le Douanier Rousseau. L’innocence archaïque » du musée d’Orsay, en 2016 , la première monographie qui lui fut consacrée, en 1911, par Wilhelm Uhde, réservait une large place aux paysages et aux portraits au détriment des tableaux exotiques. Pour donner vie à ces œuvres, le peintre autodidacte s’inspire de son expérience personnelle et de ses promenades parisiennes, travaillant sur le motif ou, parfois, d’après des cartes postales ou des photographies. Son travail à l’octroi de Paris, à partir de 1870, lui a donné une bonne connaissance de la capitale. Par la suite, il réside dans le quartier de Montparnasse, et aime descendre jusqu’aux berges de la Seine, pour flâner et apprécier la beauté de cette ville chargée d’histoire.
Une ville en mutation
Rousseau ne se lance dans la peinture qu’à l’âge de 40 ans, dans les années 1880, avant de s’y consacrer entièrement en 1893, au moment de sa retraite. Il ne suit pas de cours mais visite régulièrement les musées, en particulier le Louvre, avec un statut de copiste. Ses références sont Gérôme, Courbet mais aussi Delacroix. Avec un grand respect pour les maîtres anciens et la tradition picturale, il s’attaque aux thèmes classiques, et en premier lieu au paysage. Bien loin de la touche rapide et spontanée de ses contemporains impressionnistes, il s’attache à conserver la perspective (même si elle n’est pas toujours très juste), un dessin précis et un agencement réfléchi des formes. Très différente des styles modernes, cette technique si personnelle lui vaut d’être considéré par ses contemporains comme l’un des peintres réalistes les plus doués. D’une belle poésie, cette vue de la Seine, du pont d’Iéna et du Trocadéro, avec sa lumière du couchant encore très romantique, semble néanmoins figée dans le temps. Seules trois petites silhouettes se promenant sur le quai indiquent une présence humaine, quelques Parisiens qui profitent de leur ville et de ses nouveautés. En effet, comme souvent chez le Douanier Rousseau, le paysage est prétexte à des observations sur les mutations du monde. Autant de témoignages sur la révolution industrielle, les inventions scientifiques ou les nouveautés architecturales… Ici, le palais du Trocadéro  l’une des plus importantes constructions parisiennes de la seconde moitié du XIXe siècle  fut bâti lors de l’Exposition universelle de 1878, dans un style éclectique alors en vogue. Destiné à être détruit après cet événement, il fut encore conservé une soixantaine d’années. En raison de son mauvais état et de sa piètre acoustique, il fut détruit en 1935 et remplacé par le palais de Chaillot. Le Douanier Rousseau nous offre ainsi, ici, sans le savoir, le souvenir d’un Paris disparu. 

vendredi 29 mars 2019 - 14:00 - Live
Aix-en-Provence - 210, rue Louis Armand - 13290
Sophie Himbaut
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne