Nouveau rapport TEFAF, regards sur la chine

Le 28 mars 2019, par Pierre Naquin

Depuis l’abandon de ses rapports macro-économiques, la foire néerlandaise sponsorise régulièrement une étude thématique sur un domaine précis. Cette année, la professeure Kejia Wu revient sur la naissance et l’évolution du marché de l’art chinois.

TEFAF Maastricht 2019
Photography: Mark Niedermann

Quelle étrange idée que ce nouveau rapport commandité par la Tefaf ! Au premier abord, sans véritable connexion avec les préoccupations de la foire européenne, sa construction est elle aussi bien loin du format concocté par les autres fournisseurs d’analyses. Son autrice, Kejia Wu, professeure au Sotheby’s Institute à New York, le reconnaît bien volontiers : «Il s’agit davantage d’un récit que d’une étude traditionnelle.» Organisé en trois sections distinctes, le texte commence par expliquer la genèse du marché de l’art en Chine, poursuit par une analyse qualitative (sous forme de sondage) des top collectors locaux et se conclut par une série d’interviews de personnalités.
Un marché encore jeune
Un marché de l’art n’a pu apparaître dans le pays qu’après l’ouverture au modèle économique capitaliste, à la toute fin des années 1970. Mais il faut attendre 1991 pour que s’y ouvre la première galerie privée : la Red Gate Gallery de Brian Wallace. Kejia Wu décrit cette période intermédiaire comme une phase d’incubation nécessaire permettant l’évolution des mentalités et de l’idéologie dominante. À cette époque, seules existent de petites échoppes d’antiquités, dont le rôle premier est de racheter à bas prix les objets restitués à la fin de la Révolution culturelle. Ce réseau de boutiques aide également à former une génération de spécialistes. Les deux années suivantes, 1992 et 1993, voient la naissance de la première maison de ventes, Duo Yun Xuan, à Shanghai  développée à partir d’une de ces enseignes  et, sur le modèle des opérateurs hongkongais, la première ébauche de foire et la création de China Guardian. Ce marché de l’art embryonnaire est nettement porté par les ventes aux enchères. À partir du milieu des années 2000, on assiste à une explosion du chiffre d’affaires pour atteindre un pic en 2011, plaçant la Chine à la première place du marché mondial. Mais cette croissance vertigineuse s’avère être le fruit de la spéculation et sera stoppée net. On assiste depuis à une maturation.
De « vrais collectionneurs »
Kejia Wu propose d’autre part un sondage réalisé auprès de collectionneurs chinois. On peut néanmoins s’interroger sur l’échantillon : moins d’une trentaine de personnes sur une population de plusieurs dizaines ou centaines de milliers. «Je voulais montrer que, au-delà de l’image de spéculateurs que beaucoup se font des acheteurs chinois, il existe aussi de vrais collectionneurs», argumente-t-elle. En effet, sur les personnes consultées, 48 % collectionnent depuis plus de quinze ans, 22 % possèdent plus de mille œuvres, 52 % ont dépensé plus de 5 M$ sur les cinq dernières années et 91 % comptent vendre moins de 30 % de leur collection.
Perspectives
Selon Kejia Wu, la place du marché de l’art chinois au niveau international ne devrait pas être contestée à court ni à moyen terme, sans pour autant regagner son niveau de 2011. Le cadre juridique qui limite notamment le type d’objets que les opérateurs étrangers implantés en Chine continentale peuvent vendre ne devrait pas non plus évoluer, ce qui bloquera de facto la croissance du secteur. « Même si les maisons de ventes chinoises ont toute latitude dans le pays, même si elles ont acquis la connaissance et si les pièces sont disponibles, il leur manque toujours le réseau pour pouvoir sourcer efficacement celles-ci », confie la spécialiste. «À l’opposé, Christie’s et Sotheby’s savent qui possède quoi mais sont limitées dans leurs actions.» En revanche, des galeries étrangères devraient s’installer en plus grand nombre et le goût des collectionneurs devrait se diversifier.

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