Notre-Dame vue par Auguste Herbin

Le 18 juin 2020, par Caroline Legrand

Encore placée sous le signe de l’impressionnisme, une œuvre des débuts de l’un des hérauts de la peinture géométrique abstraite décrit toute l’admiration des artistes pour Paris… et sa valeureuse Dame de pierre.

Auguste Herbin (1882-1960), Vue de Notre-Dame, huile sur toile,signée, 54 65 cm (détail).
Estimation : 16 000/25 000 

Le 15 avril 2019, la France, et avec elle le monde entier, a été bouleversée de voir la cathédrale sous l’emprise des flammes. Cette émotion prouvait la valeur universelle du monument. Une place unique qui s’est exprimée au fil des siècles au travers de nombreuses œuvres. Des enlumineurs à Pablo Picasso, beaucoup de grands artistes ont dépeint ce trésor gothique parisien. Plus encore, les postimpressionnistes, tels Paul Signac ou Albert Marquet, ont fait de la Dame un modèle privilégié, idéal pour décrire la vie urbaine qui grouille à ses pieds puissants et immuables. Cette nouvelle thématique se place au cœur des recherches picturales modernes et inspirera les générations suivantes, et notamment Auguste Herbin. Né l’année de la septième exposition des impressionnistes, le jeune peintre a puisé durant sa formation dans l’œuvre des maîtres de la fin du XIXe siècle. Lorsque l’on regarde cette Vue de Notre-Dame, on pense bien sûr aux séries de Claude Monet sur la cathédrale de Rouen ou sur le Parlement de Londres, mais aussi à plusieurs paysages parisiens du pointilliste Paul Signac. D’ailleurs, la touche bleue et légère d’Auguste Herbin dans cette œuvre tend à se fractionner de plus en plus,
à la frontière entre impressionnisme et divisionnisme.

La vie parisienne
Arrivé dans la capitale à l’âge de 19 ans, après des études aux beaux-arts de Lille, le jeune Herbin a à cœur et tout loisir de découvrir ses monuments. Nous sommes alors à la fin de l’année 1901, et le Paris de la Belle Époque rayonne, où naît un foyer culturel fabuleux dans lequel les artistes vivent une chaleureuse émulation… Installé sur la Butte Montmartre, il vend ses premières toiles au célèbre brocanteur et marchand de couleurs de la rue des Martyrs, le père Soulier, où viennent d’autres grands artistes pour l’heure en mal de reconnaissance, tels Pablo Picasso ou le Douanier Rousseau. Les vues de Paris devaient plaire à ce marchand, de même qu’à Clovis Sagot, installé rue Laffitte. Auguste Herbin peint ainsi en 1902-1903 plusieurs toiles sur le thème des ponts de la ville, comme ici celui de la Tournelle, situé derrière Notre-Dame et reliant l’île Saint-Louis au quai dont il porte le nom. Une autre toile provenant de la même collection du Val-d’Oise, et proposée dans cette vente avec une estimation de 14 000/20 000 €, dépeint Paris, vue du Bateau-Lavoir et du pont Marie (54 65 cm). Ces œuvres intègrent le corpus finalement très restreint des créations d’Herbin au début de sa vie parisienne.
Des années cruciales pour cet artiste en pleine évolution. La peinture impressionniste, par sa recherche sur la matière et la couleur, sera la base d’une réflexion qui lui permettra de s’ouvrir à des horizons bien plus larges. Ils le mèneront à s’intéresser au cubisme dès 1908, puis à une abstraction géométrique pure 
– dont il deviendra l’un des principaux théoriciens en France. 

dimanche 28 juin 2020 - 14:30
Senlis - 63, rue du Faubourg-Saint-Martin - 60300
Actéon - Hôtel des ventes de Senlis
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