Nicolas Cordonnier : une redécouverte inespérée

Le 11 juin 2019, par Caroline Legrand

À l’abri des regards chez des particuliers dans la région de Pau, ce tableau du peintre troyen de la Renaissance Nicolas Cordonnier offre un nouveau champ de recherches aux spécialistes… et nous prédit une belle bataille d’enchères.

Nicolas Cordonnier, dit le Maître de la légende de la Santa Casa (actif à Troyes de 1497 à 1531), La Prédication de saint Vincent Ferrier, vers 1515-1520, huile sur panneau, 87,5 91 cm (détail).
Estimation : 10 000/15 000 

Charles Sterling le connaissait... mais sur photo ; l’historien de l’art et conservateur du Louvre de 1929 à 1961 avait, il y a des décennies, fait une photocopie de ce cliché pour l’insérer parmi les très riches archives du musée, à la section «Bourgogne - Champagne». Plus récemment, Frédéric Elsig et Dominique Thiébaut, les spécialistes de la peinture troyenne de cette époque, ont également offert une place de choix à ce panneau en le reproduisant dans leurs recherches et publications («Entre Provence et Champagne : un nouveau tableau attribué à Nicolas Cordonnier», in Peindre à Troyes au XVIe, Silvana Editoriale, 2015). Il s’agit pour eux d’affiner petit à petit la vie et l’œuvre de l’artiste. Mais personne ne savait où était conservée cette Prédication de saint Vincent Ferrier jusqu’à sa découverte, il y a peu, dans la région paloise. Ses propriétaires ne se doutaient pas qu’ils détenaient l’une des rares œuvres du peintre troyen le plus important du début du XVIe siècle  cette période majeure dans la peinture française, qui vit les artistes s’engager sur le chemin de la Renaissance. À la vue de ce tableau, et après quelques recherches bien ciblées, l’expert Patrice Dubois fit le lien avec le peintre, que l’on connaît désormais mieux.
Les prémices du renouveau
Nicolas Cordonnier est également connu sous le nom de «Maître de la légende de la Santa Casa», d’après le triptyque éponyme conservé au musée de Vauluisant, à Troyes, et peint vers 1525-1530 pour la chapelle Notre-Dame-de-Lorette de l’église Saint-Nicolas, alors en travaux après un incendie. Ce n’est qu’à la suite de plusieurs examens techniques et stylistiques que le lien fut fait, en 2011, par Frédéric Elsig, de l’université de Genève, entre cette œuvre et Nicolas Cordonnier, artiste issu d’une famille de peintres et très en vue à cette époque en Champagne. Son style aurait été influencé par l’œuvre du peintre provençal Josse Lieferinxe, qu’il a pu voir vers 1503-1506 à Marseille, lors de sa venue dans la cité où travaillait à cette époque son frère, Jean Cordonnier. De rares peintures lui sont attribuées, comme l’Annonce à la Vierge de sa mort prochaine conservée au Harvard Art Museums/Fogg Art Museum, aux États-Unis. Et ce panneau. Son thème ? La vie du prédicateur dominicain Vincent Ferrier. Ce dernier parcourut toute la France, mais aussi l’Italie et l’Espagne, mettant en garde contre une fin du monde prochaine, afin de pousser chacun à la conversion. Très populaire, il était toujours entendu par une foule immense, à la fois terrifiée et séduite par ses paroles. Bien qu’il ne prêchât qu’en latin et en espagnol, il était compris de tous et convainquait paraît-il son auditoire par milliers. Dans ce tableau pourtant, le public ne semble pas totalement sous le charme. En effet, on le voit sur sa chaire, lancé dans son discours. Mais, debout à gauche, des hommes coiffés de turbans manifestent leur désapprobation. Un début de protestation qui pourrait envahir l’assemblée...

samedi 22 juin 2019 - 14:30
Pau - 3, allée Catherine-de-Bourbon - 64000
Carrère & Laborie
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