Musée des beaux-arts de Nancy : la famille Adam ou les sept Lorrains

Le 05 octobre 2021, par Sarah Hugounenq

En présentant une dynastie de sculpteurs quelque peu oubliés, le musée des beaux-arts de Nancy retrace une part de l’histoire de la statuaire au XVIIIe siècle.

Lambert Sigisbert Adam, Neptune, 1727, marbre, Potsdam, fondation des palais et jardins de Prusse Berlin-Brandenbourg.
© Stiftung Preußische Schlösser und Gärten Berlin Brandenburg/Photo Daniel Lindner

Quelle famille peut se targuer d’apporter à la postérité sept sculpteurs sur trois générations en l’espace d’un siècle ? Si, dans la famille Adam, seul Clodion (1738-1814) a joui de la plus grande notoriété, ses frères, oncles et son grand-père ont pourtant participé à la statuaire du bassin de Neptune à Versailles, de la fontaine de Trévi à Rome ou à celle des jardins de Sanssouci à Potsdam. Tombé dans les limbes de l’histoire de l’art, ce cas unique de dynastie de sculpteurs au XVIIIe siècle est pour la première fois documenté et révélé au cœur de leur ville natale, au musée des beaux-arts de Nancy. Sept salles comme autant de monographies chronologiques et miniatures déroulent une démonstration implacable : chez les Adam, l’intelligence de la sculpture se transmet de père en fils. Pour donner suite au chantier des collections initié au palais des ducs de Lorraine, un important ensemble de terres cuites attribuées à Jacob Sigisbert Adam (1670-1747) attirait l’œil du conservateur Pierre-Hippolyte Pénet. Malgré la taille modeste de ces statuettes, la fougue des drapés, le choix d’une matière brute rarement utilisée dans une œuvre définitive et le modelé sans concession des portraits des ducs de Lorraine laissent deviner la pétulance du père de la lignée. Une impétuosité qui devait devenir un trait de famille : le fils aîné, Lambert Sigisbert, signe quatre bustes symboles des quatre éléments pour la première fois montrés au public, aux cheveux d’une rare virtuosité. Ses marbres sont percés de toutes parts, les poses déséquilibrées et les visages expressifs jusqu’à la déformation. Cette description s’applique autant au morceau de réception – et de bravoure – de son frère cadet, Nicolas Sébastien : Prométhée dévoré par l’Aigle semble encore se tordre de douleur au cœur d’un tournoiement de drapés. Le prêt de sa Religion instruisant l’Amérique est encore plus exceptionnel tant pour l’inventivité de la représentation de l’Amérique sous la forme d’un petit Indien de fantaisie, que par la découverte de manuscrits religieux dans une cache sous le socle de la sculpture, quittant pour la première fois l’église Saint-Paul-Saint-Louis, à Paris. Dernier du nom, même Clodion (1738-1814), avec ses œuvres épanouies dans un univers plus langoureux, ne manque pas de piquant dans ses mausolées pour animaux de compagnie. Pourquoi, face à tant de gloire et de virtuosité, le nom des Adam est-il tombé dans l’oubli ? Telle est peut-être la question soulevée par ce rassemblement de chefs-d’œuvre méconnus et pour beaucoup inédits. Ironie du sort, il semble que leurs talent et capacité à embrasser la fougue du XVIIIe siècle entraînèrent leur perte. Fort des réussites de son père et de ses frères, Lambert Sigisbert, au faîte de sa gloire, se lance hors de toute commande dans la réalisation d’un buste en marbre de Louis XV. Imprégné de l’impétuosité du Bernin, le portrait a manqué le tournant néoclassique et déplaît au souverain qui le renvoie avec dédain. Alors que l’exposition traverse l’intégralité d’un siècle, la filiation des Adam surpasse les styles et le temps. Cette première vision d’ensemble – inédite – de toute la dynastie souligne un fait rare dans l’histoire de l’art : le travail fraternel qui a pu exister dans la famille, à l’instar du jour où François Gaspard (le troisième fils) fait appeler un de ses neveux sur le chantier de Sanssouci, alors qu’il rend son dernier souffle.

« Les Adam. La sculpture en héritage », musée des beaux-arts de Nancy,
3, place Stanislas, Nancy (54), tél. 
: 03 83 85 30 01.
Jusqu’au 9 janvier 2022.
musee-des-beaux-arts.nancy.fr
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