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Mignon s’il en est, mais une nouvelle fois défait

Le 20 décembre 2018, par Anne Doridou-Heim

Évidemment, le résultat de 383 700 € de cette tête d’homme laurée, sculptée soyons précis  après le 12 juillet 1578 et avant le premier semestre 1579 par l’un des grands noms de la statuaire Renaissance, Germain Pilon (1540-1590), requiert quelques explications. Ce visage était reproduit en couverture de la Gazette du 30 novembre…

Mignon s’il en est, mais une nouvelle fois défait
Germain Pilon (1540-1590), Tête d’homme laurée, marbre de Carrare sculpté en ronde bosse après le 12 juillet 1578- premier semestre 1579, h. 34 cm.
Adjugé : 383 700 €

Évidemment, le résultat de 383 700 € de cette tête d’homme laurée, sculptée soyons précis  après le 12 juillet 1578 et avant le premier semestre 1579 par l’un des grands noms de la statuaire Renaissance, Germain Pilon (1540-1590), requiert quelques explications. Ce visage était reproduit en couverture de la Gazette du 30 novembre (no 42), ne laissait pas indifférent et attrapait le regard par sa force. Le texte l’accompagnant en page 8 racontait un petit bout de son histoire et de celle de son modèle, l’un des mignons du roi Henri III (1551-1589), mort ainsi qu’un autre lors ou des suites d’un duel ayant impliqué des «seconds», qui fit bruire toute l’Europe par son inutilité. Chose certaine, le souverain est dévasté par la mort de ses favoris et commande à Pilon, son maître sculpteur, deux puis trois tombeaux pour abriter leurs dépouilles un troisième étant assassiné peu après. Ce sera fait et bien fait. Malheureusement pour l’histoire de l’art, ils seront détruits peu de temps plus tard, en 1589, et ne sont donc connus aujourd’hui que par des gravures d’époque. Cette tête a-t-elle pu être récupérée lors de leur destruction ? C’est possible mais, naturellement, aucun document ne l’atteste, et l’on perd sa trace jusqu’à ce qu’elle réapparaisse dans la collection du Bordelais Jules Delpit (1808-1892) : soit une traçabilité interrompue sur près de quatre siècles. C’est long, trop long. Le ministère de la Culture a donné le certificat d’exportation à l’œuvre, assortie d’une estimation forte, mais les musées n’ont pas souhaité s’engager dans l’acquisition d’une pièce, ancienne certes, mais dont le cheminement semble très ardu à reconstituer. Peut-être l’acquéreur, ayant tout de même déposé 383 700 € à son chevet, va-t-il pouvoir aider à en reconstituer l’historicité ? On ne peut que le souhaiter. Le parcours de l’émailleur limousin Léonard Limosin (vers 1505-1575/1577) est mieux attesté, et l’on sait qu’il a produit plusieurs suites de plaques évoquant la Passion du Christ, d’après des gravures de Dürer. Celle ayant pour thème La Comparution du Christ devant Anne (17,7 x 14 cm) en fait partie, et s’inclinait ici à 32 500 €. Quant à un cadre (58,5 x 49 cm) en bois plaqué sur résineux, peint à l’or sur fond noir et incrusté de plaques de nacre rehaussées d’or, un travail vénitien vers 1575-1600 témoignant de l’excellence des artisans de la Sérénissime, on ne sait encore quelle peinture il va venir sublimer… Elle devra être belle, forcément, au vu de son résultat : 39 000 €.

Haute Époque, objets de curiosité
lundi 10 décembre 2018 - 16:00 (CET) - Live
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Pierre Bergé & Associés
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