Matisse avant Matisse au musée du Cateau-Cambrésis

Le 03 décembre 2019, par Valentin Grivet

Le musée du Cateau-Cambrésis retrace les brillants débuts de l’artiste, entre copies de tableaux du Louvre, études académiques et premiers chefs-d’œuvre.

Henri Matisse, La Gitane, 1905, huile sur toile, 55 x 46 cm, Musée de l’Annonciade,
dépôt du MNAM

© photo RMN © Succession H. Matisse

Les plus belles histoires naissent parfois d’un hasard. En 1890, Henri Matisse (1869-1954) travaille depuis un an comme clerc d’avoué à Saint-Quentin, lorsqu’il est opéré de l’appendicite. Il est fasciné par un voisin de chambre qui, pinceau en main, s’applique à copier des chromos. Pour le distraire durant sa convalescence, sa mère va lui offrir de quoi peindre. «À partir du moment où j’avais cette boîte de couleurs dans les mains, j’ai senti que c’était là qu’était ma vie», racontera-t-il en 1952, à l’occasion d’un entretien accordé à l’éditeur Tériade. Riche de deux cent cinquante peintures, dessins, gravures et sculptures de l’artiste, réunies aux côtés d’une cinquantaine d’œuvres de peintres l’ayant inspiré ou côtoyé (Rembrandt, Chardin, Goya, Corot, Monet, Gauguin, Cézanne, Derain, Picasso…), cette exposition est la première à s’intéresser exclusivement à ses débuts. «Ce sont des œuvres de jeunesse et toutes ne sont pas des chefs-d’œuvre, mais elles permettent de comprendre comment Matisse s’est construit», explique Patrice Deparpe, directeur du musée départemental Matisse du Cateau-Cambrésis, ville natale du peintre. Son premier tableau connu, une Nature morte aux livres (1890), est certes honorable bien que très classique. Mais très vite, Matisse expérimente, et la question du rapport entre la ligne, la forme et la couleur devient centrale. «On dit souvent qu’il a découvert la couleur dans le Midi. Mais elle est là dès le commencement, comme son goût pour le décoratif, poursuit le commissaire. Ce qui va vraiment changer quand il sera dans le sud de la France, ce sera l’action de la lumière sur la couleur». Découpé en chapitres chronothématiques, le parcours évoque sa formation (l’école de dessin de Saint-Quentin, ses débuts à l’académie Julian, les cours du soir à l’école des Arts décoratifs…), ses rencontres avec Gustave Moreau ou Albert Marquet et, surtout, ses visites au Louvre. Pour se faire la main et trouver sa voie, Matisse se confronte aux maîtres du passé. «Parmi les tableaux que j’ai copiés à cette époque, je me rappelle le Portrait de Balthazar Castiglione de Raphaël, le Narcisse de Poussin, La Chasse d’Annibale Carrache, le Christ mort de Philippe de Champaigne. Quant à la nature morte de David de Heem, je l’ai recommencée, quelques années plus tard, selon les méthodes de la construction moderne», confiera-t-il en 1952. Avoir pu réunir l’original de Davidsz de Heem (Fruits et riche vaisselle sur une table, 1640, musée du Louvre), la copie qu’en a faite Matisse en 1893 et sa réinterprétation cubiste de 1915 (MoMA, New York) est l’une des prouesses de l’événement. Les sections évoquant les séjours de l’artiste en Bretagne, à Belle-Ile, sur les traces de Monet, puis à Saint-Tropez ou Collioure, mettent ensuite en évidence sa propension à simplifier ses compositions, à les structurer toujours davantage par la couleur. Peu après 1900, le divisionnisme (Luxe, calme et volupté, 1904, prêté par le musée d’Orsay) et le fauvisme (La Gitane, 1905) donneront naissance à ses premiers chefs-d’œuvre. L’exposition aurait pu s’arrêter là. Elle se referme sur un ultime chapitre, consacré au Matisse professeur. Entre 1908 et 1911, il crée une académie dans son atelier de la rue de Sèvres, où viendront se former une centaine de peintres, dont Max Weber, Oskar Moll, Rudolf Levy ou Mathilde Vollmoeller. Des artistes aujourd’hui quasiment oubliés, dont les œuvres font pâle figure à côté de celles du maître.

«Devenir Matisse “… Ce que les maîtres ont de meilleur…”», musée départemental Matisse,
place du Commandant Édouard Richez, Le Cateau-Cambrésis (59), tél. 
: 03 59 73 38 00.
Jusqu’au 9 février 2020.
museematisse.fr
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