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Marie Vallanet-Delhom, le bijou comme un lien

Publié le , par Anne Doridou-Heim

La présidente de l’École des Arts Joailliers célèbre le 10e anniversaire de l’institution privée. Elle revient sur la forte volonté de transmettre la culture joaillière qui en a motivé la création.

© L’École des Arts Joailliers Marie Vallanet-Delhom, le bijou comme un lien
© L’École des Arts Joailliers

Afin de célébrer avec gourmandise les 10 ans de l’École des Arts Joailliers, le gâteau commandé à François Perret, chef pâtissier du Ritz, a été généreusement partagé avec la «tribu» de l’établissement, comme aime l’appeler Marie Vallanet-Delhom. «Un îlot, selon la présidente, où l’on s’occupe de transmission, d’éducation, où l’on travaille avec des artistes, des artisans, des chercheurs et où l’on a la chance d’évoluer dans un monde intellectuellement protégé». Un endroit absolument unique, destiné à ouvrir la culture joaillière au plus grand nombre.

Comment fonctionne l’établissement que vous avez créé ?
Il s’agit d’une école d’initiation destinée au grand public : quiconque peut y venir sans prérequis. Elle est née d’une conviction forte, conjuguée à la possibilité d’agir pour transmettre un patrimoine et mener des actions d’éducation. C’était une page vierge car il n’existait aucun équivalent au monde… il semble difficile de faire plus passionnant ! Le choix des mots est essentiel : on ne voulait pas adopter la terminologie de la formation professionnelle. Les cours en sont la colonne vertébrale, avec pour trois piliers indéfectibles l’histoire du bijou, le monde des pierres et le savoir-faire. Initialement, l’enseignement portait sur sept thèmes, qui sont passés à trente-six aujourd’hui. Au fil des années et de réflexion, nous avons également mis en place un système de cours à la carte. Chacun peut être abordé par différents chemins et chaque thème est indépendant des autres. La pédagogie est claire, avec de petits groupes de personnes, douze maximum, six le plus souvent, et à chaque fois deux professeurs pour un relais et plus d’échange. Il y a deux types de cours : ceux de savoir-faire, les plus appréciés, et ceux de gemmologie. Un grand nombre d’élèves s’intéressent à la façon dont est créé un bijou. Cette année, deux nouveaux intitulés sont au programme : «Analyser un diamant» et «Le bijou moderne, 1960-1980».

 

Atelier Brédillard - Hatot, dessin de châtelaine néoclassique, vers 1911, Paris, Fonds Van Cleef & Arpels sur la culture joaillière.© Benj
Atelier Brédillard - Hatot, dessin de châtelaine néoclassique, vers 1911, Paris, Fonds Van Cleef & Arpels sur la culture joaillière.
© Benjamin Chelly


Quel premier bilan dressez-vous de ces dix années ?
L’idée de départ était la nécessité de faire partager la culture joaillière, trop peu ou mal connue. Forte de sa position respectée, la maison Van Cleef & Arpels a pensé pouvoir agir, et le mécénat s’est mis en place très naturellement. J’ai la chance d’avancer avec leur soutien en toute liberté, sans aucune interférence. Nous avons accueilli plus de 65 000 élèves depuis l’ouverture, ce qui est un marqueur de l’intérêt porté au bijou. En fait, c’est assez logique : celui-ci parle à tout le monde, et nous parons notre corps depuis les temps les plus anciens. De plus, il est l’expression de la personnalité de celui ou celle qui le porte. Les professeurs sont tous experts en leur domaine, passionnés et désireux de transmettre : l’établissement est une petite communauté, point qui me tient particulièrement à cœur. La pandémie nous a néanmoins obligés à nous transformer, et nous avons initié des conférences en ligne avec la même exigence de qualité. Proposées en français et en anglais, avec des traductions simultanées en cantonais, en mandarin et en japonais, chacune d’elle attire près de trois mille participants. Notre vocation est internationale et l’école est également amenée à se déplacer dans le monde entier à la rencontre d’un public passionné. Nous sommes d'abord allés à Tokyo en 2013, puis avons fait escale à New York et Dubaï… et devant l’intérêt rencontré en Asie, nous avons ouvert l’École des Arts Joailliers Asie-Pacifique à Hong Kong en 2019, bientôt suivie d’un nouveau campus à Shanghai, au printemps prochain.

Quand et comment ont été instituées vos expositions  ?
Comme l’école, cette idée est née d’une évidence. Il n’était pas question de faire des «blockbusters» comme au musée des Arts décoratifs par exemple, ce qui n’avait aucun sens, mais de faire jouer notre différence sans prétention. Là aussi, il y avait une place à trouver, avec des choix tout aussi passionnants, comme celui de faire dialoguer des collectionneurs et de montrer des thématiques jamais présentées ailleurs, ou alors différemment. Les bagues d’homme de la collection Yves Gastou ont été un grand succès à Paris : elles sillonnent désormais le monde et font escale à Hong Kong. Les bijoux de Jean Vendome, un artiste peu connu et pourtant essentiel au XXe siècle par son incroyable créativité, ou récemment la collection de pierres gravées de Guy Ladrière constituent autant de sujets pointus auxquels, pourtant, le public répond présent. Encore une fois, la pédagogie est essentielle : un sujet difficile peut devenir accessible si l’on s’en donne la peine. Les expositions sont gratuites et leur catalogue offert à chaque visiteur, signe d’une vraie volonté de partage. La prochaine, «Ors et trésors, 3 000 ans d’ornements chinois», montrera la collection privée d'un couple jamais sortie de Chine. Nous visons une alternance entre les collections et les créateurs.
 

Qu’en est-il de la recherche et de l’édition ?
La création d’un département dédié à la recherche s’est faite naturellement, pour une mise à jour perpétuelle des connaissances. Aussi avons-nous réalisé que Van Cleef & Arpels détenait un vaste fonds de dessins de modèles (environ 10 000, ndlr) et que personne n’avait jamais travaillé sur le sujet. C’est ainsi que nous avons monté l’exposition «Le bijou dessiné», une première. L’aventure éditoriale a quant à elle commencé en partenariat avec le musée des Arts décoratifs, dont la belle galerie de bijoux n’est pas assez connue. L’école a proposé son mécénat et d’en publier le catalogue : en échange, l’institution doit mettre en valeur sa collection et la restaurer. Ensuite, nous avons pensé pouvoir agir pour notre compte en étant notre propre éditeur, et avec ambition : nous venons d’œuvrer à la publication du Dictionnaire des joailliers, bijoutiers et orfèvres en France de 1850 à nos jours de Rémi Verlet, somme qui lui a demandé dix-sept ans de travail. C’est Daniel Alcouffe, ex-conservateur du département des Objets d’art du Louvre, qui en a rédigé la préface et nous avait mis en relation avec l’auteur. Pour ce livre appelé à devenir une référence, chaque poinçon a été dessiné à la main. Nous sommes également coéditeurs avec Gallimard pour la série «Découvertes», dans une démarche de soutien du monde éditorial et, encore une fois, de diffusion de la connaissance.

 

© L’École des Arts Joailliers
© L’École des Arts Joailliers


Quels sont vos nouveaux projets pour Paris ?
L'école est à l’étroit dans ses locaux… Nous allons les conserver pour les cours et créer une gemmothèque destinée aux chercheurs et aux étudiants, qui auront à disposition tout le matériel nécessaire pour étudier les pierres. Nous avons aussi bénéficié d’un don d’une passionnée de minéraux, une collection précieuse par sa valeur scientifique. Là encore, il s’agit d’une offre totalement inédite. Les expositions et la riche bibliothèque seront transférées dans un nouvel espace, un lieu historique actuellement en travaux et que nous ouvrirons l'an prochain.

Et votre dernière initiative ?
La mise en place d’un voyage culturel ou plus exactement d’une masterclass. La première a eu lieu en septembre : quinze participants étant allés de Dresde à Prague, avec des visites privées de musées, mais aussi la découverte d’un atelier de taille de grenats. Le séjour était émaillé de rencontres avec des conservateurs et des restaurateurs des joyaux de Saxe et de Bohême. À chaque fois, on croit ne pouvoir aller plus loin et à chaque fois, on repousse nos limites !

à savoir
«De mains en mains»,
semaine de cours à la découverte des métiers de la joaillerie organisée par la maison Van Cleef & 
Arpels,
InterContinental Lyon - Hôtel Dieu, 20, quai Jules-Courmont, Lyon (69)

Du 26 novembre au 4 décembre 2022.



à voir
«Ors et trésors, 3 000 ans d’ornements chinois»,  École des Arts Joailliers,
31, rue Danielle-Casanova, Paris 
Ier, tél. : 01 70 70 38 40.
Du 1er décembre au 14 avril 2023.
www.lecolevancleefarpels.com
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