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Luxe et décadence au château du Lac

Publié le , par Caroline Legrand

Quatre bijoux exceptionnels affichent la même provenance : le comte Foulques de Baillardel de Lareinty de Tholozan et son épouse, princesse Demidoff. Ils nous rappellent avec éclat le faste des années 1920 dans une grande famille aristocratique.

Travail français. Broche à transformation en or de deux tons, ornée en son centre... Luxe et décadence au château du Lac
Travail français. Broche à transformation en or de deux tons, ornée en son centre d’un saphir coussin d’environ 6,90 ct, non chauffé, dans un entourage de trente-sept diamants taille ancienne, le tout surmonté d’une perle fine d’eau de mer.
Estimation : 60 000/80 000 
Adjugé : 400 000 

Avec son rare saphir taille coussin de 6,90 ct, non chauffé et provenant du Cachemire — le plus beau des gisements pour cette pierre précieuse, épuisé depuis 1979 —, et ses trente-sept diamants taille ancienne, cette broche à transformation rappelle les grandes heures de la vie de ses anciens propriétaires, le comte Foulques de Baillardel de Lareinty de Tholozan (1895-1944) et son épouse, la princesse russe Zénaïde Pavlona Demidoff (1899-1981). Issu d’une grande famille aristocratique française, le comte se distingue durant la Première Guerre mondiale dans l’aviation, et rencontre sa future épouse à Saint-Pétersbourg. Après leur mariage, en 1917, ils rejoignent Paris, puis s’installent à partir de 1925 au château du Lac, à Sigean dans l’Aude. Le couple à la mode y organise de grandes fêtes, pour lesquelles tout le gotha parisien fait le déplacement ; l’extravagant et élégant prince Félix Youssoupov – cousin de Zénaïde, et instigateur de l’assassinat de Raspoutine – compte notamment parmi les habitués. Durant ces réceptions mondaines, la comtesse aime à exhiber ses luxueux bijoux, dont quelques-uns sont aujourd’hui à portée d’enchères. Outre notre précieuse fibule, c’est le cas d’un bracelet jonc «toi et moi» en or jaune, présentant à chaque extrémité un diamant de taille ancienne et un saphir en pain de sucre (8 000/10 000 €), et d’une broche barrette en or et argent formant cinq étoiles, chacune centrée d’un rubis cabochon birman non chauffé, entouré de soixante-dix-huit diamants de taille ancienne (15 000/20 000 €). Sans doute la princesse l’accompagnait-elle de la bague en or gris surmontée de la même gemme aux fameuses couleurs «sang de pigeon» (birman non chauffé, 8,20 ct) et épaulée de deux diamants. Pour l’admirer à votre tour, comptez 50 000/80 000 €. Ces souvenirs sont aussi ceux d’un faste de trop courte durée : du krach boursier de 1929 aux crises viticoles, qui entamèrent les finances du château, le couple vécut ensuite des années très difficiles, et un divorce en 1937. Accusé de collaboration durant la guerre, le comte Foulques fut arrêté et exécuté en 1944 à Narbonne.

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