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Livre : restitutions, sujet multiple

Publié le , par Vincent Noce

Les restitutions hantent les musées à travers le monde. En France, beaucoup est attendu des travaux conduits par Jean-Luc Martinez pour débloquer une situation passablement crispée. Cette compilation d’articles centrée sur la question du patrimoine africain vient donc à point nommé. Sa grande qualité est d’examiner le sujet...

  Livre : restitutions, sujet multiple

 


Les restitutions hantent les musées à travers le monde. En France, beaucoup est attendu des travaux conduits par Jean-Luc Martinez pour débloquer une situation passablement crispée. Cette compilation d’articles centrée sur la question du patrimoine africain vient donc à point nommé. Sa grande qualité est d’examiner le sujet sous différentes facettes, en réunissant une vingtaine d’auteurs aux avis divergents, du juriste Vincent Negri, plutôt favorable aux principes du rapport Savoy-Sarr, à l’avocat Yves-Bernard Debie, prompt à dénoncer « les mensonges de l’Unesco ». Beaucoup (pas tous) jouent le jeu de la recherche, faisant la richesse d’un ouvrage dont le sérieux ne se laisse pas distraire par une iconographie sommaire. Il devrait inciter les officiels à demander conseil aux historiens avant de se livrer à des gestes comme « la restitution au Sénégal du sabre d’El Hadj Oumar Tall ». L’Africaniste Bertrand Goy livre un témoignage savoureux sur ce « discours consternant », à propos d’une arme qui n’a jamais appartenu au fondateur de l’Empire toucouleur. Il pourrait s’agir d’un sabre pris aux soldats français lors d’une bataille, dont la France pourrait en théorie revendiquer la restitution ! Au passage, il rappelle la politique de terreur conduite par les chefs du djihad et la disparition de l’essentiel du fonds du musée de Dakar (16 000 sur 26 000 objets, de bien plus grande valeur que la collection du quai Branly) à partir des années 1960. À noter, la suggestion originale de Claire Chastanier, du service des musées de France, de « créer une sorte de statut international pour les œuvres emblématiques étrangères dans les collections publiques », en « reconnaissant un droit symbolique du pays qui en a été dépossédé » sur le bien, assorti de prêts, de coopération et de participation à sa conservation. Il n’est pas sûr que, en l’état, de telles suggestions satisfassent les dirigeants africains, mais elles ont l’avantage d’ouvrir le dialogue. Cette publication, faisant suite à des journées d’études, trouve sa genèse dans une réflexion plus générale sur la notion de « bien commun », portée par la communauté d’universités Paris Lumières (fondée par Nanterre, Paris 8 et le CNRS), et le laboratoire DANTE de Paris-Saclay, rejoints par le quai Branly.

Sous la direction de Clémentine Bories, Claire Bouglé-Le Roux, Philippe Charlier et Mélanie Clément-Fontaine,
Les Restitutions des collections muséales. Aspects politiques et juridiques,
Éditions Mare Martin, 410 pages, 39 €.
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