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Les vies silencieuses de Sébastien Stoskopff

Publié le , par Christophe Provot

Peintre emblématique des natures mortes, l’artiste strasbourgois excelle dans le rendu des matières, élevant cette œuvre au rang de vanité.

Sébastien Stoskopff (1597-1657) Noix, raisins et roemer sur un entablement, huile... Les vies silencieuses de Sébastien Stoskopff
Sébastien Stoskopff (1597-1657) Noix, raisins et roemer sur un entablement, huile sur toile, 1644, 35 33 cm.
Estimation : 60 000/80 000 

Adjugé : 186 000 

Sur une table au plateau de bois dont on aperçoit les veines sont disposés un roemer évanescent, des raisins translucides sur un plateau d’argent, une pêche à la peau veloutée et un petit pain rond, à la croûte dorée, dont on imagine sans peine le croustillant. Peinte en 1644, cette composition est à situer vers la fin de la carrière de Sébastien Stoskopff, alors que celui-ci est revenu dans sa ville natale de Strasbourg trois ou quatre ans auparavant. Il voit le jour en 1597 dans cette ville libre d’Empire et débute son apprentissage chez le peintre local Friedrich Brentel avant que son père, courrier officiel de son état, n’obtienne en 1615 que lui soit accordée une bourse afin de partir à Hanau se perfectionner auprès de Daniel Soreau. À la mort de ce dernier en 1619, Stoskopff en liquide l’atelier, et son parcours devient alors plus confus. Il séjourne temporairement à Paris puis est signalé à Venise en 1629, à Troyes en 1633, avant de revenir dans la capitale en 1636. C’est là qu’il côtoie les grandes figures de la nature morte que sont Jacques Linard, Lubin Baugin et, bien sûr, Louise Moillon. Sous leur influence, l’artiste se met à peindre des «tables mises» et des vues de cuisine. C’est sur l’invitation du comte Johannes de Nassau-Idstein à venir travailler chez lui qu’il s’en retourne pour la première fois à Strasbourg, vers 1640-1641, dans une région qui se relève péniblement des ravages causés par la guerre de Trente Ans. Une fois sur place, c’est avec difficulté qu’il parvient à être admis dans la corporation des peintres, sans avoir produit le traditionnel chef-d’œuvre. Il épouse en 1646 la fille d’un orfèvre local ayant pignon sur rue, de laquelle il aura une fille. Stoskopff continue à peindre et, outre les tables de cuisine et les déjeuners, aborde de nouveaux motifs comme les trompe-l’œil, les pièces d’orfèvrerie et les corbeilles de verres. L’artiste travaillait de nouveau auprès de son mécène depuis un peu plus d’un an lorsqu’il disparut dans des circonstances troubles, comme en atteste le registre de l’église d’Idstein : «L’an 1657, 11 février, Stoskopff, peintre de Strasbourg, qui s’est pochardé d’eau-de-vie à en mourir, a été porté hors ville et enterré le matin entre 7 et 8 heures, à une heure insolite, sans chant d’église ni sonnerie de cloche». Le peintre allait sombrer dans l’oubli et n’être redécouvert que dans la première moitié du XXe siècle, notamment grâce à l’action de Hans Haug, directeur du musée de l’Œuvre Notre-Dame, qui fit entrer plusieurs de ses natures mortes dans les collections strasbourgeoises – elles sont aujourd’hui au nombre de neuf. La nôtre lui fut d’ailleurs prêtée en 1997 dans le cadre d’une exposition célébrant la quadricentenaire de la naissance de l’artiste. Elle affiche comme pedigree l’ancienne collection de Jean Jacques Lebel et a déjà subi le feu des enchères le 17 décembre 2004 à Drouot. Elle était alors gratifiée de 85 000 €. Fera-t-elle mieux cette fois-ci ? Réponse le 9 juillet…

samedi 09 juillet 2022 - 14:00 (CEST) - Live
Cité de la Voile - Éric Tabarly, Espace Le Karré, Rue Roland Morillot - 56100 Lorient
Thierry - Lannon & Associés
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