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Les rendez-vous manqués du Louvre

Le 25 novembre 2021, par Vincent Noce

Les rendez-vous manqués du Louvre
© NicolasBousser

Un objet fait pour le Louvre » : dans La Tribune de l’art, Alexandre Lafore résume le sentiment général à propos du camée que le musée se propose d’acheter, en faisant appel à la générosité publique. L’acquisition onéreuse de cette Vénus alanguie dans sa coquille prend sans doute plus de sens que le soutien aux arbres des Tuileries, pour lequel le Louvre avait aussi sollicité la bienveillance populaire. Ce joyau est le capuchon manquant d’une coupe, provenant de Louis XIV et de Mazarin, que le Louvre a pu préempter en 1968 à Drouot. Le couvercle était alors introuvable. L’objet est mentionné pour la première fois en 1661 dans l’inventaire post mortem du cardinal, comme l’une des pièces insignes de son cabinet de pierres dures. Il se retrouvera inscrit sous le n° 376 dans la collection des gemmes de la Couronne. En 1796, pour apurer ses comptes, le Directoire cède cent quarante-cinq vases en pierres dures, un quart de la collection royale, ainsi qu’une cinquantaine de bronzes à un financier suisse de Hambourg, Jacques de Chapeaurouge ; la coupe est le deuxième lot le plus cher dans la liste des estimations. Il s’agirait donc aujourd’hui de réparer une erreur, difficilement pardonnable, de la République, qui dispersa le précieux mobilier de l’Ancien Régime. Y en aurait-il eu d’autres ? Le Louvre a donc pu récupérer la coupe, séparée de son couvercle, le 4 mars 1968, pour 46 300 F (l’équivalent de 60 000 € aujourd’hui). Le catalogue d’Ader-Picard mentionne le n° 376 « gravé sous le piédouche », mais sans faire le lien avec l’inventaire de la Couronne. Il est vrai, il fallut attendre 2001 pour voir publier le catalogue des gemmes par Daniel Alcouffe. Sur son site, le Louvre détaille les caractéristiques et l’historique de cette petite merveille – mais jusqu’à un certain point que la pudeur lui impose.

Le Louvre détaille les caractéristiques et l’historique de cette petite merveille, jusqu’à un certain point que la pudeur lui impose. 

Le musée évoque un rendez-vous manqué avec la Vénus, métaphore amoureuse en référence à une vente publique qu’il situait à Genève (le lapsus a été corrigé depuis). Il s’avère que le couvercle s’est vendu il y a dix ans chez Sotheby’s, à Londres, pour près d’un million et demi de livres. Il était alors bien identifié comme celui de la coupe Mazarin, que Sotheby’s proposait même de faire remonter à l’empereur Rodolphe II de Habsbourg, mais sans aucun élément sérieux. Suivant une étude de Rudolph Distelberger, reprise par le Louvre, elle était « attribuée à Giovanni Ambrogio Miseroni », sur la base de rapprochements avec des créations sorties des ateliers de cette famille, à Milan et Prague. Ce que l’historique du Louvre passe sous silence, c’est que le collectionneur suisse qui a vendu le capuchon manquant chez Sotheby’s l’avait trouvé pour 70 000 CHF aux enchères à la galerie Stuker. Il est difficile de reprocher aux conservateurs d’avoir manqué cette occasion rêvée. Parmi toutes les ventes dans le monde, ils auraient eu d’autant plus de mal à repérer le lot qu’il était catalogué comme une coupelle en pâte de verre du XIXe siècle… En revanche, une fois identifié comme étant le capuchon de la coupe royale du Louvre, et portant le même numéro d’inventaire, l’acquéreur l’aurait proposé en vente directe par l’entremise de Sotheby’s au département des objets d’art, pour un million de livres, avant de le mettre aux enchères. Le Louvre a bien essayé de se rattraper en partant enchérir à Londres, mais il s’était placé une limite, à 1,2 M£, qui a été dépassée. Si l’objet était trop cher alors, que dire aujourd’hui ? Le prix a gonflé de presque 40 % : 2 620 000 €. Les Amis du Louvre veulent bien contribuer, mais à hauteur de 250 000 €. Le mécénat est donc appelé comme entremetteur, avec comme objectif de récolter « au moins » un million d’euros d’ici le 25 février. Soit la différence avec le prix atteint il y a dix ans quand il se trouvait sur la place publique…

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