Les paraboles de Hans Bol

Le 03 décembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Les deux gouaches de l’artiste flamand Hans Bol, chacune minutieusement rehaussée d’or, mettent en scène le divin dans le cadre d’un paysage réaliste contemporain. 

Hans Bol (1534-1593), L’Ânesse de Balaam, 1583, gouache à rehauts d’or d’une paire, avec Le Bon Samaritain, 12 18 cm chacune.
Estimation : 80 000/120 000 

Une miniature de 12 cm de haut par 18 cm de large, c’est bien la première information qu’il faut avoir en tête en regardant cette gouache à rehauts d’or représentant L’Ânesse de Balaam, tant sa qualité d’exécution donne l’impression d’une tout autre dimension. Elle appartient à une paire, la seconde représentant Le Bon Samaritain, et a été réalisée par l’artiste flamand Hans Bol (1534-1593) en 1583, soit dans la seconde partie de sa carrière. Le premier sujet est tirée de l’Ancien Testament et le second de l'Évangile selon saint Luc, et leur point commun est de mettre en scène un âne. Sa présence rappelle que dans la Bible, cet animal avait de la noblesse, c’est tout de même lui qui porte Marie et l’Enfant Jésus lors de la Fuite en Égypte. Et dans l’Orient antique, il était hautement considéré, le cheval n’étant introduit en Israël que sous le roi Salomon. Le paysage aux lumineux coloris, construits en bleus dilués, verts d’eau et notes de blancs, renvoie à Pieter Bruegel l’Ancien (vers 1525-1569). Le géant flamand est l’inventeur d’un type expérimenté depuis son voyage en Italie de 1552, un «paysage monde» ouvert sur l’infini. Bol va reprendre à son compte cette veine bruegélienne, l’agrémentant de petits personnages qui déambulent dans l’espace contemporain de la campagne flamande. Ces derniers sont-ils ici des prétextes ou les sujets véritables ? Les deux en fait, car ces œuvres se lisent comme des paraboles à valeur d’enseignement, elles sont conçues pour provoquer une réflexion sur le bien et le mal, sur la place de l’homme dans l’univers et sur la tension entre les éléments religieux et la nature. Le peintre, natif de Malines, était protestant, il devra d’ailleurs fuir en 1572 lorsque les troupes espagnoles catholiques prennent sa ville. Il s’installe à Anvers avant de partir vers les Pays-Bas et Amsterdam pour ses dernières années. En choisissant ces deux thèmes – dans l'un, Dieu parle par l’intermédiaire d’un animal pour remettre l’homme dans le droit chemin, dans l'autre, c’est un Samaritain, représentant d’une population jugée misérable, qui illustre la définition de la compassion –, il inscrit ses gouaches précieuses dans le sacré et, dans un siècle marqué par les guerres de religion, invite à regarder au-delà de ce que l’on voit. Ces petites œuvres étaient collectionnées pour entrer dans les fameux Wunderkammer de l’époque. Hans Bol s’en était fait une spécialité, elles lui ont donné un succès immense de son vivant, notoriété qui se poursuit depuis quatre cent cinquante ans et qui ne devrait pas se démentir.

mardi 15 décembre 2020 - 02:00 - Live
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Marie-Saint Germain
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