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Les dessous de la magie au musée des Confluences

Publié le , par Armelle Fémelat

La nouvelle exposition du musée des Confluences, à Lyon, tient du voyage initiatique. 400 objets et divers témoignages donnent à voir et à comprendre les pratiques magiques, dans leur diversité tout autant que dans leur intemporalité et leur universalité.

Kiawak Ashoona (1933-2014), Bird Chaman, milieu du XXe siècle, Canada, Nunavut, Cape... Les dessous de la magie au musée des Confluences
Kiawak Ashoona (1933-2014), Bird Chaman, milieu du XXe siècle, Canada, Nunavut, Cape Dorset, serpentine.
© Musée des Confluences Pierre-Olivier Deschamps/Agence VU’

Pour concevoir l’expérience « Magique » – car c’en est une à tous points de vue –, le musée des Confluences s’en est remis aux savoirs complémentaires d’anthropologues, de sociologues, d’experts en objets ou en survivances traditionnelles, et même d’un écrivain magicien. « L’exposition est sans cesse à la lisière entre savoirs scientifiques et savoirs occultes. Elle fait appel à l’imaginaire, mais aussi à l’expérience, aux réflexions et aux expérimentations », résume Francis Duranthon, directeur du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, où s’est tenu en 2021 le premier acte de la manifestation. « On a travaillé avec des magiciens pour rendre cette exposition un peu différente ! » se réjouit la sociologue Carole Millon, cheffe du projet lyonnais. Œuvre de Marion Lyonnais (agence Fakestorybird), la scénographie immersive et sensitive prend la forme d’une forêt sombre et mystérieuse, peuplée d’animaux et de symboles. « Les pratiques magiques concernent toutes les parties du globe, et datent des temps les plus anciens », rappelle la sociologue. Elle insiste sur la polysémie de la magie, qui oscille entre le secret et le spectaculaire, les croyances et le savoir, les intentions maléfiques et celles bénéfiques. La première partie met en scène la permanence des pratiques magiques dans les sociétés occidentales depuis l’Égypte antique. Si la magie fraie ouvertement avec les religions et les sciences jusqu’à la fin du Moyen Âge, une césure a lieu à la Renaissance, terrible époque de chasse aux sorcières. L’opposition radicale entre magie et science est ensuite sanctionnée par l’édit royal de 1682 qui décriminalise la sorcellerie en France. Au siècle des Lumières, la magie retrouve un statut dans l’art, tout spécialement dans les spectacles de « physique amusante » qui mettent en scène les dernières avancées scientifiques. À partir du XIXe siècle, l’illusionniste Jean-Eugène Robert-Houdin incarne, en queue-de-pie et chapeau claque, gants blancs et baguette, l’univers de la magie de spectacle et en fixe les codes. Au mitan du siècle, d’autres s’emploient à parler avec les morts et à communiquer avec les esprits : les sœurs Fox importent le spiritualisme d’Amérique, avant que le Lyonnais Allan Kardec n’incarne le spiritisme. Dans un second temps, ce sont les points communs des pratiques magiques à travers le monde qui sont mis en avant : tant les personnes dotées du don de pouvoir communiquer avec les autres mondes que l’efficacité symbolique des gestes, des manipulations d’objets et des prières. Focus est fait notamment sur la divination, qui prétend éclairer le présent sur la base de signes corporels, traces d’animaux, positionnement des étoiles, sens du vent, jets de coquillages, tirages de cartes… Écrire, souffler, attacher, nouer, piquer, arroser, ingérer, sacrifier ou offrir, la grammaire des gestes magiques se révèle universelle. Quant aux histoires, coutumes et costumes des marabouts, devins, chamanes, sorciers et autres guérisseurs, ils sont commentés et mis en perspective. Coupeurs de feu recommandés par les hôpitaux ou néosorcières 2.0, stars des réseaux sociaux : nul ne pouvait mieux clore ce panorama des pratiques magiques envisagées en tant que faits socioculturels. Preuve que la magie fait feu de tout bois, régénérée en ce début de troisième millénaire par les phénomènes d’emprunts et de récupérations propres à la globalisation et à l’omniprésence des nouvelles technologies.

« Magique », musée des Confluences,
86, quai Perrache, Lyon (69), tél. 
: 04 28 38 12 12,
Jusqu’au 5 mars 2023.
museedesconfluences.fr
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