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L’Indien d’Amérique, d’un stéréotype à l’autre au musée des Confluences

Publié le , par Armelle Fémelat

Une grande enquête historique, ethnologique et artistique autour de l’image des « Indiens d’Amérique » en Europe se tient à Lyon. Pour mieux comprendre les liens, réels, qui existent entre les Amérindiens et les Français depuis des siècles, et dépasser les clichés.

L’Indien d’Amérique, d’un stéréotype à l’autre au musée des Confluences
George Catlin (1796-1872), Portrait de Ee-ah-sa-pa (La Roche Noire), chef des Nee-Cow-e-je, bande de la tribu des Sioux 1845, huile sur toile, dépôt du musée du Louvre, musée du quai Branly Jacques Chirac, Paris.
© Patrick Gries, Bruno Descoings

Qui sont les « Indiens d’Amérique », les Peaux-Rouges, Sioux et autres Apaches ? D’où viennent les images que nous avons en tête lorsqu’il est fait allusion aux Amérindiens ? Pourquoi ces derniers sont-ils englobés dans cette vaste et réductrice appellation d’« Indiens » – alors qu’ils sont en réalité quantité de peuples divers avec des cultures spécifiques ? Pourquoi les a-t-on trop souvent essentialisés en quelques comportements, plus ou moins violents, tels le scalp, le tomahawk, la chevauchée des mustangs à cru, le calumet – et réduits à une série d’accessoires – l’arc et ses flèches, la coiffe de plumes, le tipi, les mocassins et les tuniques brodées ? L’exposition « Sur la piste des Sioux » répond à ces questions et à bien d’autres encore. Comme le titre l’annonce clairement, il s’agit de remonter aux sources de la représentation stéréotypée de « l’Indien d’Amérique », enracinée en Europe depuis cinq siècles. Très réussie, la scénographie « laisse une large part au spectateur, l’invitant à se laisser prendre par les images et pénétrer par différents univers grâce à un diorama et à des dispositifs immersifs », explique la directrice générale Hélène Lafont-Couturier (Gazette du 4 janvier 2018). « Nous avons choisi de tirer le fil de l’histoire, depuis les premiers contacts avec les populations natives, qui a vu la figure du Sioux prendre le pas pour incarner à lui seul “l’Indien d’Amérique”, jusqu’à aujourd’hui. » Les représentations et descriptions d’Indiens sont confrontées à l’histoire et l’évolution de la condition des nations indiennes en Amérique du Nord. Repères chronologiques, cartographies, ressources historiques et analyses de représentations massivement diffusées sur le territoire américain éclairent les étapes de la construction de la représentation européenne de l’Indien. Les Français, Anglais et Hollandais implantés en Amérique du Nord à partir du XVIe siècle ont beau mesurer progressivement la diversité des populations indigènes, la vision répandue outre-Atlantique demeure binaire : soit le « bon sauvage » qui vit en harmonie dans une nature originelle, soit le « sauvage » tout court, violent et animé d’instincts primaires. L’impact de Chateaubriand (Atala, 1801, Voyage en Amérique, 1827) est immense, influençant l’ensemble des arts. Les aquarelles de Karl Bodmer (qui accompagne le prince prussien naturaliste Maximilian zu Wied-Neuwied, entre 1832 et 1834), comme les effigies de chefs indiens peintes par l’Américain George Catlin entre 1831 et 1838, marquent les Européens. De même que les photographies du géographe Roland Bonaparte sur les Omahas, en 1883, au Jardin d’Acclimatation ; de Gertrude Käsebier lors du passage du Buffalo Bill’s Wild West, à New York, en 1898 ; ou les 50 000 clichés d’Edward Sheriff Curtis réalisés de 1907 à 1930. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les romans de l’Ouest rencontrent un vrai succès, comme les westerns inventés dans les années 1930 à Hollywood. Les clichés ont la vie dure et se renouvellent sans cesse… Le « Peau-Rouge sanguinaire » cède désormais la place au « Sage », en vertu de ses prétendus liens privilégiés avec les forces de la Nature. Nouveau stéréotype qui fait écho aux premières représentations de cette « jeune humanité », parvenues en Europe il y a cinq siècles ! Et par-delà les images et les représentations, cinq cents ans après l’arrivée des premiers colons, la question de la survie culturelle des populations natives et du contrôle de la terre demeure un enjeu préoccupant.

« Sur la piste des Sioux », musée des Confluences,
86, quai Perrache, Lyon (69), tél. : 04 28 38 12 12.
Jusqu’au 29 août 2022.
www.museedesconfluences.fr
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