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Les bijoux d’artistes Œuvres d’art miniatures

Le 29 mars 2018, par Maïa Roffé

Le marché des bijoux d’artistes connaît un regain d’intérêt depuis une dizaine d’années, surtout soutenu par plusieurs galeries spécialisées. Ils font aussi l’objet de ventes publiques spécifiques et d’un récent site de vente en ligne.

Les bijoux d’artistes Œuvres d’art miniatures
Phillip King, pendentif «Liaisons amoureuses», or jaune 18 k, argent 925 et nanocéramique, 8 exemplaires, 2017, édition MiniMasterpiece.
© Yann Delacour

Dans le catalogue de l’exposition de la collection de Diane Venet, au musée des Arts décoratifs de Paris jusqu’au 8 juillet, Karine Lacquemant est catégorique : «Le bijou d’artiste n’appartient pas à l’univers de la haute joaillerie qui privilégie l’emploi de diamants et de pierres précieuses, ni à celui du bijou fantaisie, ni même à celui des paruriers apparu à l’instigation de la couturière Elsa Schiaparelli ou de Gabrielle Chanel. Il n’est pas non plus associé aux créateurs indépendants du bijou contemporain, qui conçoivent autant qu’ils réalisent. Réservé au cercle intime, il est l’œuvre de plasticiens, de peintres ou de sculpteurs, pour lesquels cette pratique est inhabituelle.» Destinées à un marché restreint de connaisseurs, ces créations  pièces uniques ou séries limitées signées et numérotées  ont été soutenues par plusieurs expositions de collections privées dans des institutions, notamment celles de Diane Venet (La Piscine à Roubaix en 2008, Palazzo Nani Mocenigo à Venise en 2015), de Diana Küppers au Museum für Angewandte Kunst à Cologne, en 2009, et de Clo Fleiss au musée du Temps à Besançon en 2009 et à la galerie du Crédit Municipal en 2012. Derrière ces collections, on trouve des galeries spécialisées très actives, les unes exclusivement dédiées aux pièces vintage, les autres aux créations contemporaines. À Londres, Didier et Martine Haspeslagh, de la galerie Didier Ldt, vendent depuis 2006 des pièces datant de la fin du XIXe à la fin du XXe siècle, acquises sur le second marché  Pablo Picasso, Salvador Dalí, Alexander Calder, Man Ray, etc.  dans une fourchette de prix allant de 1 000 à 250 000 €, la majorité à 10 000/50 000 €. Auteurs de plusieurs catalogues de référence, ils comptent deux types de collectionneurs : «Premièrement, des femmes qui les portent ou les exposent sous forme de sculptures miniatures. En second lieu, des collectionneurs d’art dont la préoccupation première est de savoir si le bijou est une véritable expression de l’œuvre de l’artiste», déclare Didier Haspeslagh. Autre spécialiste, la galeriste londonienne Louisa Guinness présente depuis  2003 des pièces d’Alexander Calder, de Man Ray, Lucio Fontana et Niki de Saint Phalle, aux côtés de créations commandées aux artistes contemporains, tels Anish Kapoor et Jeff Koons, dans une gamme de prix allant de 600 à plus de 200 000 €. «La plupart de nos clients sont des collectionneurs d’art intéressés par un artiste particulier qui souhaitent élargir la gamme de ses médias. Il n’est pas rare qu’ils possèdent à la fois l’une de leurs œuvres et une pièce d’“art portable”», écrit l’auteure du livre Art as Jewelry, from Calder to Kapoor. S’il n’est pas spécialisé exclusivement dans le bijou d’artiste, le galeriste parisien d’art contemporain Pierre-Alain Challier expose, aux côtés des créations récentes de Marie-Noëlle de la Poype et d’Hubert Le Gall, le fonds des bijoux de Giorgio De Chirico, Sonia Delaunay, Pol Bury, Jean Cocteau et Arman édités dans les années 1980 par l’ancienne galerie parisienne Artcurial, qu’il vend entre 1 200 et 15 000 € selon la notoriété des artistes et la préciosité des matériaux.
 

Anish Kapoor en collaboration avec Louisa Guinness, Disc Ring, 2012, or rose 18 k, d’une édition de 75, 3 x 3 x 0,6 cm, 23 g.
Anish Kapoor en collaboration avec Louisa Guinness, Disc Ring, 2012, or rose 18 k, d’une édition de 75, 3 x 3 x 0,6 cm, 23 g.© Photo Richard Valencia. Courtesy Louisa Guinness Gallery


Sculptures portables
Pionnière du bijou d’artiste contemporain, à Paris en 1987, avec notamment des créations de Giorgio Vigna, la galeriste Naïla de Montbrison a été rejointe en 2009 par Elisabetta Cipriani, à Londres, qui invite des plasticiens internationaux vivants (Rebecca Horn, Ilya et Emilia Kabakov, Giuseppe Penone, Wim Delvoye…) à créer des «sculptures portables» dans des matériaux précieux, dont les prix vont de 1 000 à… 170 000 €, pour un bracelet en or d’Ai Weiwei ! Dernière en date, Esther de Beaucé a ouvert en 2012 à Paris la galerie MiniMasterpiece, dédiée exclusivement aux créations d’artistes et de designers contemporains, qu’elle commande à Bernar Venet, Pablo Reinoso et Carlos Cruz-Diez, entre autres, dont les prix vont de 220 à 30 000 €. «Les amateurs d’art et de design viennent au bijou par le biais des artistes qu’ils apprécient», explique la fille de Diane Venet. À noter aussi, le site de ventes en ligne Gems and Ladders, lancé en 2014, qui met en avant des éditions des bijoux-fourrures de Meret Oppenheim comme des créations de Thomas Hirschhorn. Les ventes publiques aussi se font l’écho de ce marché récent, avec des prix en hausse. Ainsi, les pièces en laiton et en cuivre des années 1940 et 1950 d’Alexander Calder, qui affichaient des prix à quatre chiffres il y a encore dix ans, sont aujourd’hui très convoitées, à l’exemple d’une paire de boucles d’oreilles en laiton vendue 850 000 € par Sotheby’s New York, le 14 novembre 2013. Les bijoux d’artistes sont le plus souvent inclus dans les catalogues de joaillerie, mais certains opérateurs organisent des ventes spécialisées, tel Christie’s online, avec «Art as Jewellery» en 2016 et 2017, et Piasa en 2015 et 2017. La maison Pierre Bergé & Associés a pour sa part initié dès 2008 des ventes spécifiques, comme celle de la collection Nelly Van den Abbeele, à Bruxelles en décembre 2017, dont le lot phare a été un bracelet en or de Pol Bury, emporté à 51 616 €. «On doit être une œuvre d’art ou porter une œuvre d’art», disait Oscar Wilde. Dont acte.

 

Jannis Kounellis, Labbra (2012), bagues en or blanc et rhodium noir et en or jaune, 2,1 x 6 cm ; édition de 12, signées et numérotées.
Jannis Kounellis, Labbra (2012), bagues en or blanc et rhodium noir et en or jaune, 2,1 x 6 cm ; édition de 12, signées et numérotées.© Courtesy of Elisabetta Cipriani Gallery
Carlos Cruz-Diez, en collaboration avec la galerie MiniMasterpiece, boucles d‘oreilles Chromo Inauris, 2018, verre d’acrylique transparent incolore et
Carlos Cruz-Diez, en collaboration avec la galerie MiniMasterpiece, boucles d‘oreilles Chromo Inauris, 2018, verre d’acrylique transparent incolore et coloré, attache en vermeil or jaune, édition limitée réalisée à la main.© Photo: Lisa Preud’homme, Courtesy Atelier Cruz-Diez Paris



 

3 questions à Marguerite de Cerval
Historienne d’art, auteur du Dictionnaire international du bijou (éd. du Regard)

Quelle est la définition du bijou d’artiste ?

Ce sont des bijoux conçus par des peintres ou des sculpteurs, qui représentent une facette de leur travail, mais ne sont pas essentiels dans leur œuvre. Il s’agit parfois de réductions de l’œuvre de l’artiste, mais ils peuvent aussi être des créations inspirées d’un univers, par exemple surréaliste dans le cas de Dalí, qui s’exprimait en bijou comme un vrai joaillier. En règle générale, les bijoux d’artistes sont faits davantage d’or et moins de pierres précieuses, pour mettre en valeur l’idée de l’artiste. Ils peuvent être réalisés par l’artiste lui-même, comme Calder, ou par des orfèvres.

Quel est le profil des collectionneurs ?
Ils achètent une signature, comme dans l’art contemporain, dans une démarche plutôt spéculative. L’image dépasse la valeur du bijou. Quand on porte un bijou de Cocteau, c’est pour montrer son adhésion à certaines valeurs de l’art, la modernité par exemple.

Quels critères font le prix du bijou d’artiste ?
La signature de son concepteur, sa cote, s’il s’agit d’une pièce unique ou de série. Cela dépend aussi du praticien et de sa notoriété : l’orfèvre François Hugo pour Picasso, l’atelier Gem Montebello pour Man Ray… Pour un même artiste, les prix peuvent varier en ventes publiques selon le mode opératoire. Pour Claude Lalanne par exemple, un collier en métal doré d’une édition à 250 exemplaires par la galerie Artcurial dans les années 1980 vaudra de 3 000 à 4 000 €, tandis qu’un collier en métal unique, réalisé par elle-même en galvanoplastie en 1970, peut atteindre trois fois plus.
BLOC-NOTES : LES GALERIES
Pierre-Alain Challier, 8, rue Debelleyme, Paris IIIe, http://pacea.fr/
Naïla de Montbrison, 6, rue de Bourgogne, Paris VIIe, https://www.naila-de-monbrison.com/
Minimasterpiece, 16, rue des Saints-Pères, Paris VIIe, http://www.galerieminimasterpiece.com/
À voir
«De Calder à Koons, bijoux d’artistes, la collection idéale de Diane Venet», jusqu’au 8 juillet, musée des Arts décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris. http://madparis.fr
Bury Pol (1922-2005) Bracelet Miroir d’encre 1968, or 750. Collection Nelly van Den Abbeele. Bruxelles, 3 décembre 2017. Pierre Bergé & Associés. M. S
Bury Pol (1922-2005) Bracelet Miroir d’encre 1968, or 750. Collection Nelly van Den Abbeele. Bruxelles, 3 décembre 2017. Pierre Bergé & Associés. M. Sigal.
Adjugé : 51 616 €
 
Claude Lalanne, Lys, 2013, collier, cuivre galvanisé, pièce unique.
Claude Lalanne, Lys, 2013, collier, cuivre galvanisé, pièce unique. © Photo Richard Valencia. Courtesy of Louisa Guinness Gallery

 

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