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Le yoga s’expose au musée Guimet

Publié le , par Christophe Provot

C’est une silhouette bien connue qui accueille le visiteur. Figurée dans la posture classique du padmasana, jambes croisées, pied sur la cuisse opposée, dos droit, tête alignée, main posée dans le giron, genoux touchant le sol ; elle est tout à la fois le bouddha dans sa phase ascétique, le renonçant (arhat) méditant jusqu’à...

Ascètes se livrant à des austérités dans un ermitage, école moghole provinciale,... Le yoga s’expose au musée Guimet
Ascètes se livrant à des austérités dans un ermitage, école moghole provinciale, Murshidabad, vers 1760-1770, gouache sur papier, 25,8 33 cm, Dublin, Chester Beatty Library.
© The Trustees of the Chester Beatty Library, Dublin

C’est une silhouette bien connue qui accueille le visiteur. Figurée dans la posture classique du padmasana, jambes croisées, pied sur la cuisse opposée, dos droit, tête alignée, main posée dans le giron, genoux touchant le sol ; elle est tout à la fois le bouddha dans sa phase ascétique, le renonçant (arhat) méditant jusqu’à la mort, un saint homme pratiquant le yoga par le contrôle du souffle. Seule œuvre contemporaine de l’exposition, la sculpture de porcelaine de Takahiro Kondo (né en 1958) – baptisée Reduction – est aussi la seule à ne pas provenir du continent indien. L’Inde est ainsi à l’honneur au travers de 70 œuvres, du Xe au XIXe siècle, issues de collections publiques ou privées françaises et étrangères. Pour la plupart jamais exposées, elles offrent un large panorama de la représentation de l’ascétisme, qu’illustrent aussi bien des miniatures – largement majoritaires – que des sculptures de bois ou de bronze. Cyclique, le parcours s’articule en cinq parties, et s’ouvre sur la place particulière qu’occupe Shiva, divinité centrale du brahmanisme et de l’hindouisme. Viennent ensuite les pratiques ascétiques, déroulant les quatre étapes conduisant vers le renoncement complet ; puis la représentation du « corps subtil » du yogi, réceptacle d’énergie divine. Enfin, les formes les plus extrêmes de la pratique, à savoir le hatha-yoga (yoga de la force) nécessitant des efforts rigoureux, bien loin des canons que le mot « yoga » invoque à notre esprit occidental. Car c’est bien là l’objectif de cette exposition – remonter aux sources du yoga, de sa pratique, et des ponts qu’il établit entre des religions aussi diverses que l’hindouisme ou l’islam – tout en évitant les écueils que ce mot fourre-tout est si prompt à imposer. Le pari est réussi, et l’exposition se distingue par des prêts majeurs, à l’instar d’une peinture du XVIe siècle – prêt inédit de la bibliothèque Sainte-Geneviève – ou encore l’exceptionnel manuscrit du Bahr al-Hayat (L’Océan de vie) compilé en langue persane dans les années 1550 par Muhammad Ghawt (mort en 1563), d’après un texte sanskrit aujourd’hui disparu. Conservé à la Chester Beatty Library de Dublin, il recense les 21 postures du yoga et fut traduit à la demande du prince moghol Salim, futur empereur Jahangir.

Musée national des arts asiatiques – Guimet,
6, place d’Iéna, Paris 
XVI
e, tél. : 01 56 52 54 33.
Jusqu’au 2 mai 2022.
www.guimet.fr
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