Le Vieux-port de Marseille aux couleurs de Kisling

Le 17 décembre 2020, par Philippe Dufour

Ce tableau de Moîse Kisling au temps suspendu est, sans aucun doute, le premier d’une série consacrée par le peintre de Montparnasse à Marseille, ville aimée par lui. D’une composition plutôt inhabituelle, elle devrait affoler le cercle de ses admirateurs.

Moïse Kisling (1891-1953), Le Port de Marseille, un quai du Vieux-Port, 1918, huile sur toile signée en bas à droite, et datée, contresignée, située et datée au dos, 60 73 cm (détail).
Estimation 60 000/80 000 

Devant un horizon laiteux où ciel et eau semblent se confondre dans une même brume colorée, l’artiste a peint trois bateaux qui évoquent l’activité traditionnelle des hommes du littoral méditerranéen : la pêche. À l’examen, les embarcations relèvent du modèle local appelé «pointu» ; le plus grand, au fond, est équipé d’une voile latine, alors que ceux du premier plan – dont on devine la barre rudimentaire du gouvernail – ressemblent plutôt à de grosses barques. Dérivé d’un archétype antique, l’esquif a permis à des dizaines de générations de marins de nourrir leur famille. C’est lui que Moïse Kisling a saisi en 1918, amarré sur le Vieux-Port de Marseille ; et pour équilibrer une composition très épurée, le peintre a ajouté un petit canot, posé sur le quai comme un étrange coquillage… Le paysage silencieux s’inscrit dans un groupe important de peintures que l’artiste a consacrées à ce coin de la cité phocéenne, depuis la fin des années 1910 jusqu’à sa disparition, en 1953. Il semble avoir toujours éprouvé une fascination pour les coques et les mâts se balançant sur le célèbre bassin, dominé par les hautes façades – aujourd’hui disparues – et le clocher des Accoules. Moins connues du grand public que ses élégants portraits et ses natures mortes aux couleurs saturées, ces vues animées n’en témoignent pas moins de son travail sur la stylisation des formes et de sa perception très particulière de la réalité.
Kisling et le Sud, une histoire d’amour
C’est l’autre visage de Kisling, l’une des figures flamboyantes du Montparnasse bohème et mondain des années 1920 et 1930 : sa passion pour ce Midi provençal découvert très tôt… Mais l’histoire commence en 1910, quand le jeune Polonais de Cracovie débarque à Paris et fréquente d’autres artistes, souvent étrangers comme lui, et qui ont pour noms Pablo Picasso, Juan Gris ou Max Jacob. En 1914, il s’engage dans la Légion étrangère ; un an plus tard, il est blessé, et rentre à Paris avant d’être définitivement réformé – cet élan courageux lui vaudra d’obtenir plus tard la nationalité française. En convalescence, il visite alors le sud-est de la France, qui le séduit à jamais par sa douceur de vivre. Aussi, dès 1917, il séjourne régulièrement à Marseille et dans les environs de Toulon, y réalisant des œuvres jalons dans l’évolution de son travail, comme la somptueuse nature morte intitulée Saint-Tropez (collection particulière), ouverte sur un jardin luxuriant, où le plasticien atteint à la maturité formelle. En 1919, après un accrochage remarqué à la galerie parisienne Druet, Kisling connaît enfin le succès ; désormais adulé, il expose aussi bien dans la capitale qu’à l’étranger. Il n’en oublie pas pour autant le Sud, où il fera construire en 1937 une villa, La Baie, à Sanary dans le Var, réalisée sur les plans de sa femme Renée, et où toute la famille va s’installer. Après son exil forcé aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est là qu’il rentre en août 1946 : il s’y éteindra le 29 avril 1953, alors qu’il venait d’être consacré par une dernière exposition à Cagnes-sur-Mer.

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