Le Toguna, un ovni culturel au Palais de Tokyo

Le 15 février 2018, par Sophie Reyssat

Chantre de la création contemporaine, l’institution renforce le dialogue avec l’artisanat d’art, soutenue par la Fondation Bettencourt Schueller. Entrée dans une œuvre immersive, théâtre du savoir.

Vue du Toguna au Palais de Tokyo, à Paris.
Palais de Tokyo 2018 © Fabrice Gousset ???

Après plusieurs mois de mystère, un nouvel espace vient d’ouvrir ses portes au Palais de Tokyo : le Toguna. Présenté comme «le lieu de tous les savoirs», il a été mis en scène par des artisans d’art et des créateurs travaillant en binôme. Cette association entre procédés traditionnels et art contemporain semblera bien improbable aux plus sceptiques. À voir… Ou, plutôt, à expérimenter, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Une expérimentation passant par la parole, comme le choix du nom l’indique aux spécialistes. Le terme «toguna» est en effet emprunté au Mali, où il désigne une structure ouverte érigée au cœur des villages dogons, pour accueillir les palabres de la communauté. Transposée à Paris, celle-ci est devenue «le symbole d’un lieu où la transmission doit se faire», selon le président du Palais de Tokyo, Jean de Loisy. Le directeur général de la Fondation Bettencourt Schueller, Olivier Brault, renchérit en la présentant comme «la première œuvre d’artisanat d’art expérimental». Chacun est fier de cet espace pédagogique, né d’une volonté commune celle de décloisonner l’artisanat et la création, qui suivent trop souvent des chemins parallèles et porté par sa foi en la valeur contemporaine des métiers d’art. Reste à convaincre le public. Pour l’heure, il répond présent et semble prendre le temps de s’approprier l’endroit. Les visiteurs sont accompagnés dans leur découverte de cet espace ouvert une fois par semaine les plus jeunes ayant leur propre rendez-vous mensuel , l’établissement étant conscient que, en l’absence de médiateur, il puisse sembler par trop conceptuel à certains. Il est vrai que le lieu déroute de prime abord par son aspect hétéroclite et la multiplicité de ses références. Un télescopage auquel l’œil et l’esprit doivent s’accommoder, perdant leurs repères dès l’entrée. On peut passer d’une éclatante fresque de Marion Verboom, amalgamant la matière pour créer un monstre évoquant les jardins de Bomarzo, à la nuit, créée par Jean-Marc Ferrari et le plumassier Julien Vermeulen, dissimulant une bougie mourante derrière dix mille plumes noires figurant la vanité d’Icare. Le Toguna exige du visiteur qu’il pénètre dans son antre sans orgueil, en laissant ses préjugés à la porte. Les sens en éveil, il est dès lors plus aisé de s’approprier l’espace au fil des installations. On se surprend ainsi à observer l’ancestral carton-pierre manié par le dominotier François-Xavier Richard, formant la carapace d’une grotte d’avant-garde, imaginée par Anne-Laure Sacriste et Martine Rey, faisant sourdre la lumière de ses parois partiellement laquées de noir. On détaille encore les gradins de liège, marquetés de lignes en feuilles de pierre colorées, du duo Dimitry Hlinka et Pierre-Henri Beyssac. Le public est invité à y prendre place, l’agora contemporaine du Toguna étant destinée à accueillir des conférences, ainsi que les réunions de l’Atelier des regardeurs, remontant le temps pour trouver les origines anciennes des pratiques artistiques les plus inédites. Transversalité et universalité sont les maîtres mots du Toguna, dont les œuvres d’art hybrides sont autant de sources de questionnement, permettant d’ouvrir l’esprit et le regard.
 

À voir
Palais de Tokyo, 13, avenue du Président-Wilson, Paris XVIe, tél. : 01 81 97 35 88,
www.palaisdetokyo.com
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