Gazette Drouot logo print

Le Sidaner et Gluckmann en gloire

Publié le , par Vanessa Schmitz-Grucker
Vente le 22 avril 2022 - 13:30 (CEST) - Salle 5 - Hôtel Drouot - 75009

Deux huiles aux tonalités douces, baignées de tendresse et de mystère, ont emporté tous les suffrages. Deux trajectoires différentes : celles d’Henri Le Sidaner et de Grigory Gluckmann, mais deux itinéraires en marge des avant-gardes.

Henri Le Sidaner (1862-1939), Le Canal, Malines, 1931, huile sur toile, 60x73 cm.... Le Sidaner et Gluckmann en gloire
Henri Le Sidaner (1862-1939), Le Canal, Malines, 1931, huile sur toile, 60x73 cm.
Adjugé : 240 000 €

En couverture de la Gazette n° 12 s’exposaient deux corps gracieux, sous un glacis à la technique irréprochable. Cette fidélité aux enseignements traditionnels sur panneau que Grigory Gluckmann avait reçus dans sa Russie natale s’illustre dans ses nombreux nus, souvent de dos, et notamment dans ces deux-ci, d’un lyrisme intense empreint d’un soupçon de nostalgie. Comptant parmi les huiles les plus importantes de l’artiste installé à Paris dans les années 1920, elle ne pouvait que faire chavirer la salle : 115 000 € auront eu le dernier mot, un score tout à fait honorable pour Gluckmann. Il eut beau fuir la Révolution de 1917, l’héritage de son apprentissage à l’Académie des arts de Moscou le suivit à Berlin, Paris et New York, où il émigra en 1945. La justesse académique et la sensualité dans le rendu des carnations croisent ici une forme d’onirisme presque surréaliste avec, à l’arrière-plan, une mère et son enfant, mais aussi un cavalier, qui s’éloignent tel un âge d’or emporté par les guerres. L’ambiance est tout aussi mélancolique chez Henri Le Sidaner. Canaux et vieilles maisons flamandes, inspirées de la ville de Bruges, semblent témoigner de présences disparues et d’un temps suspendu. Exposée en 1931 à Bruxelles à la galerie des Artistes français, cette parfaite synthèse de son art n’aura pas échappé aux connaisseurs puisqu’elle recueillait 240 000 €. C’est au contact d’artistes et intellectuels de la nébuleuse symboliste, comme les peintres Edmond Aman-Jean, Charles Cottet, Lucien Simon, Ernest Laurent et Auguste Rodin, que Le Sidaner forge sa sensibilité esthétique. Il saura toutefois s’abstraire des courants dominants, se montrant même décalé par rapport aux avant-gardes ambiantes. La couleur, traitée en touches divisées, le rattache à ses aînés impressionnistes, mais lui permet aussi de diffuser la solitude, le silence et l’absence des thèmes qu’il partage avec son ami Marcel Proust et le personnage d’Elstir dans À la recherche du temps perdu.

Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 2 articles.
Il vous reste 1 article(s) à lire.
Je m'abonne