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Le PAD ou la diversité à la française

Publié le , par Annick Colonna-Césari

Après une absence de deux ans, due à la crise sanitaire, le PAD, Pavillon des arts et du design, fait son retour dans le jardin des Tuileries, à Paris. Des retrouvailles très attendues par les participants réguliers comme les nouveaux entrants.

Vallée de Wahgi, Papouasie-Nouvelle-Guinée, seconde moitié du XXe siècle. Grand bouclier... Le PAD ou la diversité à la française
Vallée de Wahgi, Papouasie-Nouvelle-Guinée, seconde moitié du XXe siècle. Grand bouclier de guerre Phantom, bois sculpté, pigments et rotin, 178 cm. Présenté par la galerie Flak.
© Galerie Flak

Soixante-neuf marchands, dont treize nouveaux arrivants et une dizaine d’étrangers, participent à cette 24e édition du PAD, demeuré fidèle à sa vocation initiale : l’éclectisme. «J’ai toujours aimé mélanger les époques, les genres et les styles», explique Patrick Perrin, son fondateur, un brin nostalgique des débuts, lorsque, se souvient-il, « pouvaient se côtoyer sur le stand d’un Stéphane Custot une commode Empire, une statue africaine, un tableau de Miró et un bronze italien du XVIe siècle ». Car en deux décennies, le spectre chronologique s’est rétréci, conséquence de la raréfaction des pièces historiques et de l’évolution des goûts. Aujourd’hui, le salon – où l’on fait des acquisitions pour un budget s’échelonnant de quelques milliers à 300 000 € – se concentre essentiellement sur la seconde moitié du XXe siècle et le début du XXIe. Il reste toutefois réputé pour la qualité de ses exposants et le soin apporté à sa scénographie, tout en conservant son ADN grâce à la diversité des spécialités déclinées au fil de ses allées. Jusqu’à présent, la formule, unique dans l’Hexagone, a séduit tant les amateurs et collectionneurs que les décorateurs et architectes d’intérieur, venus y flairer les tendances et s’approvisionner pour le compte de leurs clients. Après une interruption de deux années, et malgré un contexte international anxiogène, chacun espère que l’événement retrouvera son aura, mais d’un avis unanime, il semble très attendu. «Durant la crise sanitaire, l’activité de la profession s’est maintenue, contrairement aux craintes initiales, analyse Élisabeth Delacarte, directrice de la galerie Avant-Scène, parce que coincés chez eux ou dans l’impossibilité de voyager, nos clients avaient le temps de penser à leur intérieur.» Et après cette longue période, chacun a besoin d’une respiration, qu’offre habituellement la manifestation parisienne.
 

Nicolas Lefeuvre (né en 1975), Landscape, 2021, encre de Chine et poudre d’or sur papier marouflé sur toile, 76 x 50 cm. Présenté par la g
Nicolas Lefeuvre (né en 1975), Landscape, 2021, encre de Chine et poudre d’or sur papier marouflé sur toile, 76 50 cm. Présenté par la galerie Jean-François Cazeau.
Courtesy galerie Jean-Francois Cazeau

Des marchands établis…
Dans ce moderne « cabinet de curiosités », c’est donc le design, historique ou contemporain, qui domine, souvent porté par des enseignes hexagonales. « Paris, patrie des arts décoratifs, abrite toujours le plus grand nombre de marchands, parmi les meilleurs », commente Patrick Perrin. Et d’ajouter : « Ici, on en recense une cinquantaine, alors que Londres et New York en comptent cinq chacune, la Scandinavie trois, l’Allemagne, deux, l’Espagne un seul et l’Italie, entre trois et cinq. » En tout cas, cette 24e édition rassemble bon nombre de ténors du secteur, dont certains ont leurs habitudes au PAD London ou à la Tefaf de Maastricht. À l’instar de Philippe Jousse : défenseur des designers d’après-guerre, devenus des valeurs sûres, il a sélectionné quelques-unes de leurs pièces emblématiques, chaise de Jean Prouvé ou bibliothèque de Charlotte Perriand. Son confrère François Laffanour, de la galerie Downtown, a pris le parti inverse : «Au salon, déclare-t-il, je montre souvent des créateurs que je ne présente pas régulièrement». Raison pour laquelle il a mis en vedette les poétiques meubles-sculptures de bois et de granit, réalisés en pièces uniques, du Coréen Choi Byung Hoon. Tandis que l’ambassadrice du néobaroque Élisabeth Delacarte a réuni les créations récentes de ses designers fétiches : guéridon en fer battu et doré à la feuille d’Élisabeth Garouste ou voluptueuse banquette d’Hubert Le Gall, que rehaussent les broderies de la maison Lesage…

 

Franck Evennou (né en 1959), Guéridon Arcos, 2021, bronze et ardoise, 56 x 41 cm. Présenté par la galerie Avant-Scène. © Photo Bruno Simon
Franck Evennou (né en 1959), Guéridon Arcos, 2021, bronze et ardoise, 56 41 cm. Présenté par la galerie Avant-Scène.
© Photo Bruno Simon

… aux exposants atypiques
Au PAD, on croise aussi des marchands moins établis, “dont le regard permet de renouveler la palette des créateurs”, s'enthousiasme Patrick Perrin, toujours à l'affût de nouveauté. Christophe Dupouy appartient à cette catégorie. Spécialiste du design italien des années 1950-1970, il tient un stand aux Puces, sur le marché Paul Bert. Soutenu par ses confrères de la rue de Seine, il fête sa première participation au salon, pour laquelle il a préparé une sélection de luminaires, mobiliers et céramiques signés Gino Sarfatti, Gio Ponti, Nino Parisi, Ettore Sottssas ou Carlo Zauli. Contrairement aux autres foires, la manifestation parisienne est également ouverte aux galeries itinérantes, ce dont se félicite Florence Guillier-Bernard. Fondatrice de Maison parisienne, elle s’attache pour sa part à promouvoir, selon son expression, les « artistes de la matière » français ou travaillant en France. Sans aucun doute, les sculptures textiles de Simone Pheulpin, les tableaux de plume de Julien Vermeulen et autres œuvres en verre soufflé de Gérald Vatrin retiendront l’attention des visiteurs. De son côté, Sophie Mainier-Jullerot, directrice de Mouvements modernes, « nomade » elle aussi, aime jeter des passerelles. « Je prends plaisir, résume-t-elle, à faire dialoguer des pièces de designers et d’artistes contemporains avec du mobilier des années 1980-1990, signé Martin Szekely ou Garouste et Bonetti, qu’éditait la galerie Neotu, où j’ai débuté ma carrière. » Autre originalité du PAD : les créateurs eux-mêmes peuvent exposer. Ce qui est le cas du maître ébéniste Yann Jallu et de son épouse, la designer Sandra Scolnik-Jallu. Tous deux, qui ont récemment ouvert une galerie à Paris, dessinent et fabriquent dans leur atelier de Bretagne des meubles sophistiqués, combinant matériaux rares ou précieux, marqueterie de paille, gypse, mica ou parchemin. «Nos clients, déclarent-ils, sont avant tout des décorateurs, et nous espérons grâce à ce salon toucher directement des particuliers.»

Simone Pheulpin (née en 1941), Sculpture textile, 2021, plis de coton. Présentée par Maison parisienne. Courtesy Maison Parisienne
Simone Pheulpin (née en 1941), Sculpture textile, 2021, plis de coton. Présentée par Maison parisienne.
Courtesy Maison Parisienne

Des spécialités variées et renouvelées
« La réussite d’un PAD dépend également du dosage des spécialités hors design », tient à souligner François Laffanour. Car la diversité maintient la curiosité en éveil – et occasionne des coups de cœur, comme le confirme Julien Flak, expert en arts premiers et inconditionnel de la première heure. «Je rencontre ici non seulement des fidèles de ma galerie, témoigne-t-il, mais aussi une clientèle qui jamais ne franchirait sa porte, et recherche d’abord des objets esthétiques et graphiques.» Sur son stand, il a aménagé un mur de poupées kachina amérindiennes aux couleurs éclatantes, et disposé à côté des statuettes rituelles africaines de surprenants boucliers aborigènes d’Australie, décorés de figures de superhéros… Jean-François Cazeau, amoureux d’art moderne, fait cette année un retour dans le salon, où il dévoile notamment des œuvres contemporaines : « Certaines s’harmonisent parfaitement aux intérieurs actuels », remarque-t-il. À l’image des «paysages» de Nicolas Lefeuvre, tableaux abstraits exécutés au lavis d’encre, empreints de spiritualité. Au PAD, les bijoux raflent également la mise. À eux seuls, ils occupent six stands, offrant aux amateurs un large éventail de styles, des grands noms de la joaillerie – Cartier, Boucheron ou Chaumet – tels que le propose Bernard Bouisset, aux talents contemporains, dont Arina Pouzoullic sélectionne la virtuosité pour sa galerie digitale Second Pétale. Pour cette édition, une nouvelle discipline fait toutefois son entrée : le neuvième art. Ainsi l’expert luxembourgeois Bernard Soetens met-il à l’honneur, chez BD Original Drawing, un ensemble de planches originales d’Hergé. L’atelier Leblon Delienne, spécialisé dans la réalisation de figurines haut de gamme en résine à l’effigie de héros de bande dessinée, partage lui aussi cette première. Et a eu pour l’occasion l’idée de fabriquer des Kokeshi, poupées traditionnelles japonaises que le designer José Levy a réinterprétées de façon ludique et en version agrandie. Les visiteurs se laisseront-ils séduire ? « Il faut savoir prendre des risques », conclut Patrick Perrin.

 

3 questions à
Jacques Grange
Décorateur et président du jury du PAD
 

José Levy pour Leblon Delienne. Kokeshi, poupées traditionnelles japonaises, matériaux composites, «Paris» (90 cm), «Sebou» (160 cm), «Gab
José Levy pour Leblon Delienne. Kokeshi, poupées traditionnelles japonaises, matériaux composites, «Paris» (90 cm), «Sebou» (160 cm), «Gabriel» (195 cm), «Eithan» (240 cm), «Nina» (280 cm). Présentées par Leblon Delienne.


Que représente le PAD à vos yeux ?
C’est un rendez-vous que je ne rate jamais. Pour les besoins de mon métier, parce que ce salon est une formidable source d’inspiration. Mais j’y effectue aussi un travail d’achats pour mes clients. Certains d’ailleurs m’accompagnent. De la même façon, je me rends régulièrement au PAD de Londres dont la fréquentation est plus internationale, en tout cas l’était-elle avant le Brexit.

Cette année, vous en présidez le jury, auquel vous avez déjà participé à plusieurs reprises. Quel est son rôle ?
Composé de professionnels, il a pour mission de décerner quatre prix, ceux du Design contemporain et du Design du XXe siècle, celui du Jeune Designer, ainsi que le Prix du stand. Il ne faut en effet pas oublier qu’un stand n’est pas une simple boutique. À travers la mise en scène choisie par un exposant, on distingue la qualité de son regard.

Et quels sont les critères d’appréciation ?
Pour les pièces les plus anciennes, on considère leur intérêt, leur rareté. Pour les modernes, on prend en compte l’esprit créatif, la nouveauté des matières, comme le textile ou la céramique dont l’utilisation s’est récemment développée. Peut-être découvrirons-nous cette année des designers engagés dans les questionnements écologiques… Toutefois chacun peut avoir un œil différent. Pour ma part, j’apprécie les marchands qui ne sont pas seulement des marchands, mais défendent un point de vue ou des créateurs. De toute manière, il est sûr que les goûts évoluent. J’ai été parmi les premiers à aimer Jean Royère ou Jean-Michel Frank. Parce que je n’ai jamais tenu compte ni des réputations ni des modes. Je fonctionne à l’instinct, je me laisse aller au plaisir de la découverte. Au PAD, on a justement envie d’être surpris.
à savoir
PAD Paris, Design + Art
Jardin des Tuileries, Paris
du mardi 5 au dimanche 10 avril
www.padesignart.com

 
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