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Le jeune Ingres au musée d’Orléans

Le 24 novembre 2021, par Christophe Averty

Le jeune Ingres au musée d’Orléans
Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867), Jean Charles Auguste Simon, 1806, pierre noire et estompe, rehauts de blanc sur papier vélin crème, 42,2 37,7 cm (détail).
© Orléans, musée des beaux-arts

Comment débusquer et traduire la beauté d’une figure ? Comment y conjuguer tradition et invention ? Ces questions, qui vont tarauder Jean Auguste Dominique Ingres tout au long de ses années de formation, habitent les 70 œuvres – dessins, estampes et toiles – chronologiquement présentées aux cimaises du musée orléanais. De son apprentissage à Montauban puis à Toulouse jusqu’à son départ de Paris, en 1806, pour l’Académie de France à Rome, 40 estampes et dessins autographes, dont six en mains privées et deux inédits, suivent l’évolution de son trait. « L’exposition tend à démontrer combien son étude plastique des corps, puisée à l’art de la Renaissance, définit son œuvre picturale », explique Mehdi Korchane, son commissaire, qui dans une suite de dix petits cabinets graphiques, égrène les explorations obsessives du peintre, révélant ses premiers portraits hésitants – telle cette sanguine qui figure Jean Moulet copiée de son père, jusqu’à cette Vénus blessée par Diomède, sa toute première peinture d’histoire. Si comparaison n’est pas raison, ses dessins mis en regard de ceux de Jean-Baptiste Isabey révèlent les habiles recours de l’artiste pour contourner les influences de ses maîtres, évacuant du même coup le mythe de l’artiste dilettante. Ses prouesses à la pierre noire, sa maîtrise de l’estompe et des ombres portées, qui matérialisent dans l’espace ses représentations statuaires, annoncent la virtuosité d’une touche qui très tôt dépasse l’enseignement de Jacques Louis David. Explorant la figure tous azimuts, Ingres dépeint son désir dans un touchant médaillon dédié à Julie Forestier, sa fiancée, et s’élance dans la sensualité crue d’esquisses érotiques, tirées de ses carnets. Croquis sur le vif, nus ou compositions dessinées du Serment des Horaces viennent dire en contrepoint d’œuvres abouties – telle La Belle Ferronnière, d’après Léonard de Vinci, qui libère définitivement son trait, ses portraits de Jean Charles Auguste Simon ou son Torse d’homme – toutes les intimes fulgurances que le peintre va cultiver à l’envi dans ses toiles. Avant Ingres, le peintre d’histoire s’éveille.

Musée des beaux-arts,
1, rue Fernand-Rabier, Orléans (45), tél. : 02 
38 79 21 86,
Jusqu’au 9 janvier 2022.
www.orleans-metropole.fr

 

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