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Le florilège XVIIIe siècle d’un amateur éclairé

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Belle collection que celle de cet amateur, depuis les portraitistes jusqu’aux objets d’art et d’ameublement, en passant par un ensemble de trente Compigné, le XVIIIe siècle régnait sans partage. Un véritable florilège, illustré en premier lieu par les 281 240 € de cette paire d’aiguières en tôle laquée noir et or dans le...

Fin de l’époque Louis XV-début de l’époque Louis XVI, paire d’aiguières en tôle laquée... Le florilège XVIIIe siècle d’un amateur éclairé
Fin de l’époque Louis XV-début de l’époque Louis XVI, paire d’aiguières en tôle laquée noir et or dans le goût de la Chine, à décor de personnages, oiseaux et pagodes, monture de bronze ciselé et doré, h. 36,5 cm.
Adjugé : 281 240 €

Belle collection que celle de cet amateur, depuis les portraitistes jusqu’aux objets d’art et d’ameublement, en passant par un ensemble de trente Compigné, le XVIIIe siècle régnait sans partage. Un véritable florilège, illustré en premier lieu par les 281 240 € de cette paire d’aiguières en tôle laquée noir et or dans le goût de la Chine (reproduite ci-dessous). Un résultat sérieux pour ces objets d’art mariant pour le meilleur deux techniques, la laque et la tôle. Il faut se replonger dans le contexte de l’époque : l’engouement pour les panneaux de laque débarqués de Chine est sans égal… et très coûteux pour les finances royales ! Des recherches que l’on peut qualifier de fiévreuses, pour percer les secrets de ces panneaux, vont essaimer dans de nombreux ateliers, sans succès. Les Européens cherchent alors à l’imiter. Les premiers objets en tôle laquée apparaissent ainsi à la fin de la Régence, pour se propager à l’époque Louis XV. Les formes seront celles de la porcelaine et de la faïence, les décors sur fond noir étant quant à eux directement inspirés des Orientaux. Et, puisqu’il est question de Chine, les porcelaines provenant de ses ateliers impériaux se portaient particulièrement bien. 37 499 € se déversaient sur une fontaine à parfum d’époque Kangxi (1661-1722) décorée de branchages fleuris et de deux chiens de Fô en biscuit San Tsaï, enrichie d’une monture en bronze doré d’époque Louis XV, et 49 998 €, sur une réunion de six pièces pouvant former garniture, de la même époque et de la même famille verte. Du côté des objets d’art, le raffinement était de mise et payait, à l’image des 24 999 € joués sur un coffret de forme rectangulaire en placage d’écaille brune, nacre, laiton, os, palissandre et poirier marqueté d’un jeu d’échecs, de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe, ou des 27 499 € d’une paire de verres églomisés du XVIIIe siècle, représentant les châteaux de Chantilly et du Monceau en Brie. La galerie Kugel propose, depuis le 12 septembre et jusqu’au 8 décembre prochain, une exposition sur l’art napolitain de l’écaille piquée. Deux pièces faisaient ici référence à cette technique alliant rare habileté et emploi de trois matériaux : la nacre, l’écaille et l’or. Une boîte ovale s’ouvrait à 7 375 € et une autre de forme mouvementée, décorée d’un paysage à l’antique sur fond d’architectures, à 10 000 €.
 

49 998 € saluaient cette huile sur toile de Jean-Marc Nattier (1685-1766), figurant le Portrait présumé de Madame Tocqué (55 x 46 cm) et réalisée en 1
49 998 € saluaient cette huile sur toile de Jean-Marc Nattier (1685-1766), figurant le Portrait présumé de Madame Tocqué (55 x 46 cm) et réalisée en 1740. S’il a commencé dans le style de la grande tradition française de la peinture d’histoire, sa ruine due à la banqueroute de Law le contraint à se tourner vers le genre du portrait, plus lucratif. On ne peut que s’en réjouir tant il a su lui donner un style nouveau, plus libre, frais et élégant, dans une harmonie de coloris qui fera sa notoriété.
 
Dans le domaine des tableaux, la surprise est venue des 64 998 € portés sur ce Portrait présumé de Miss Pearce (69,5 x 54,5 cm), attribué à George Hen
Dans le domaine des tableaux, la surprise est venue des 64 998 € portés sur ce Portrait présumé de Miss Pearce (69,5 x 54,5 cm), attribué à George Henry Harlow (1787-1819). Un prix qui s’accorde plutôt aux œuvres données à l’artiste anglais, auteur de peintures d’histoire et de portraits prisés de la haute société. Original dans son style s’il maîtrise parfaitement les techniques académiques, il les met au service d’une grande sensibilité , il le sera tout autant dans sa vie personnelle, son extravagance vestimentaire et sa liberté de ton lui valant le surnom de «Clarisse Harlowe».
 
Thomas Compigné est l’inventeur de délicats chefs-d’œuvre de la tabletterie du XVIIIe siècle, auxquels il a donné son nom. «Marchand-mercier privilégi
Thomas Compigné est l’inventeur de délicats chefs-d’œuvre de la tabletterie du XVIIIe siècle, auxquels il a donné son nom. «Marchand-mercier privilégié suivant la Cour», installé à l’enseigne du «Roi David» dans le quartier Montorgueil à Paris, il vendait comme d’autres confrères divers accessoires pour les jeux de dames, d’échecs et de tric-trac, des boîtes et des tabatières et encore des pommeaux de canne et des miniatures. Lui vint un jour l’idée de réaliser au tour, à partir d’une feuille d’écaille ou de carton, des tableautins en étain estampé puis rehaussés d’or et décorés à la gouache et enfin vernis, représentant des vues de villes ou de palais. Dans cette collection, c’est une Vue du palais Bourbon (23,5 x 32 cm) qui recueillait la plus haute enchère, 18 749 €.
 
En forme de pagode et accompagné de personnages laqués et de bannières, le modèle de cette pendule (h. 44 cm) en bronze ciselé et doré est rare, ce qu
En forme de pagode et accompagné de personnages laqués et de bannières, le modèle de cette pendule (h. 44 cm) en bronze ciselé et doré est rare, ce qui explique son résultat de 64 998 €. Il témoigne du goût du XVIIIe siècle pour la chinoiserie, derrière lequel on retrouve ces «vendeurs de tout, faiseurs de rien», selon une formule de Diderot restée célèbre, mais qui ne rend guère justice au rôle essentiel joué par les marchands-merciers. Ces derniers sont justement à l’honneur depuis le 29 septembre et jusqu’au 27 janvier 2019 au musée Cognacq-Jay, dans une très belle mise en scène évoquant une corporation incontournable dans la diffusion du luxe à la parisienne.
mercredi 21 novembre 2018 - 14:00 (CET) - Live
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