Le cheval blanc de Vespasien par Jean Limosin

Le 16 juillet 2020, par Anne Doridou-Heim

Jean Limosin, émailleur issu d’une grande famille de la Renaissance limousine, signe cette assiette dont le haut niveau d’exécution, imprimé dans ses paillons d’or et son fond couleur de nuit, réveillera les enchères de la rentrée.

Jean Limosin (vers 1528-1610), Limoges, fin du XVIe siècle, L’Empereur Vespasien à cheval, assiette en émail peint polychrome et émaux translucides sur paillons avec rehauts d’or, signée «I.L.», diam. 20,8 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €

Présenté sous des traits juvéniles, auréolé de la palme de la victoire et vêtu d’une tunique bleue étincelante, Vespasien impérial, tenant à la fois les foudres et le sceptre, se détache sur son cheval d’un blanc immaculé. Nul doute sur son identité, celle-ci étant donnée par l’inscription sur le marli indiquant «Caes. Vespasian. Imp». Il est la figure centrale d’une assiette en émail peint, due quant à elle à l’un des grands noms de la spécialité, Jean Limosin. La renaissance de l’émail à Limoges est attestée dans le dernier tiers du XVe siècle. Cela n’est pas un hasard puisque cette ville était, aux XIIe et XIIIe siècles, devenue un centre important avec ses célèbres émaux champlevés. Cependant, la production avait depuis longtemps perdu de son niveau d’exigence… jusqu’à l’avènement des émaux, mais peints cette fois. Cette nouvelle technique, pratiquée ailleurs en France, en Italie et dans les Flandres, est ici d’emblée maîtrisée. Des plaques destinées à être montées en triptyques, retables ou baisers de paix, et toujours sur une base religieuse, constituent l’essentiel des premières réalisations. Très vite, objets décoratifs et profanes viennent les rejoindre, et les maîtres émailleurs se mettent à concevoir des pièces pour des tables d’apparat – l’extrême fragilité du résultat ne convenant guère à de l’utilitaire. Il était question à travers elles de manifester, au même titre qu’avec les majoliques et l’orfèvrerie, la richesse et le raffinement de leur propriétaire. Le répertoire iconographique va évoluer en parallèle… Les thèmes mythologiques et antiques, tout à fait dans l’esprit du temps, font ainsi leur apparition, et certains puisent leurs sujets dans des gravures dont la circulation est rendue possible par le développement de l’imprimerie. C’est le cas de Jean Limosin, de la lignée de Léonard (vers 1505-1577), lequel est reconnu par les spécialistes comme le plus grand. Ici, il s’inspire de celles d’Antonio Tempesta (1555-1630), publiées en 1596 dans le recueil XII Caesares in equistri forma ellegantissime efficti. Nul ne peut contester l’élégance qui émane de cette assiette et de son décor, à l’exécution parfaite. Cette pièce n’est pas seule puisqu’elle est accompagnée d’une sœur jumelle (même estimation) présentant l’empereur Vitellius, doté des mêmes attributs, mais ayant un destrier bleu. Selon toute vraisemblance, elles étaient originellement douze sur ce thème des Césars à cheval… Inédites, ces pièces proviennent d’une collection aristocratique française attestée depuis la fin du XIXe siècle, et leur retour dans la lumière est annoncé – au trot – pour le début de l’automne.

mardi 06 octobre 2020 - 14:00
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Coutau-Bégarie
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