La semaine de tous les off

Le 25 octobre 2019, par Pierre Naquin

Avec l’arrivée de Galeriste pendant la semaine de la FIAC, le jeu des foires satellites a été cette année profondément rebattu, de nombreux exposants ayant fait le choix de tester de nouveaux salons. Tour d’horizon.

Vue de Private Choice 2019.
© Théo Baulig

Dans beaucoup de pays, le programme des foires satellites ne fait guère rêver. Paris fait figure d’exception avec un panel d’événements off alléchant et surtout mature, chaque foire s’étant construit année après année une identité propre et clairement identifiée : Asia Now pour la création orientale, Art Élysées pour un art moins avant-gardiste, Paris Internationale pour la découverte, Private Choice pour ses accrochages «comme à la maison», l’Outsider Art Fair pour l’art brut ou les solo shows de l’Urban Art Fair pour le street art. Il n’empêche, 2019 comptait sur un changement de poids : la fin officielle de YIA au Carreau du Temple, remplacée par Galeriste, de Stéphane Corréard. Précédemment quelque peu perdue dans le calendrier de début décembre, écrasé par les courses de Noël et (éventuellement) Miami, l’arrivée de celle-ci allait nécessairement rebattre les cartes.
Galeriste crée le lien
Cela n’a pas manqué, de nombreux exposants n’ayant pas hésité à changer leurs habitudes pour essayer la nouvelle venue. C’est le cas notamment de Françoise Livinec, qui, après des années de tentes sur les Champs avec Art Élysées, s’est laissé tenter par le focus sur la scène française : «J’ai adoré les contraintes de l’accrochage. Le format “parcours” fait que l’on rencontre beaucoup plus de monde. Surtout, ce sont de nouveaux collectionneurs pour moi.» Elle cédait dix toiles (pour onze accrochées en permanence) de la série «Peinture Pattern» de Pierre Célice, entre 1 500 et 15 000 €. «L’objectif affiché de Galeristes est de créer un lien avec les collectionneurs pour les faire venir ensuite en galerie. De ce point de vue, c’est un succès, avec plusieurs rendez-vous réalisés ou actés dans mon espace», confie Valérie Cazin, de la galerie Binome, chez qui les pièces de Lisa Sartorio partaient entre 3 000 et 5 000 €. Quant à Nicolas Veidig-Favarel (Double V Gallery), il plaçait pour «plusieurs dizaines de milliers d’euros d’œuvres». D’autres faisaient le choix de prendre des stands sur plusieurs salons. «J’étais sur Bienvenue et sur Galeristes, et les deux foires se sont très bien passées pour moi : beaucoup de ventes et un public de qualité. Le top !», s’exclame Claire Gastaud, de Clermont-Ferrand. Anouk Le Bourdiec (Galerie ALB) était également présente sur les deux foires : «Je n’ai rencontré quasiment que des nouveaux collectionneurs, de France comme de l’étranger. Beaucoup de coups de cœur sur les deux événements !» Tous ne pouvaient pas s’en sortir aussi bien, et Thierry Bigaignon confie avoir fait «beaucoup de belles rencontres, mais avec seulement quatre photos vendues, le bilan commercial est mitigé».
Art Élysées, Outsider Art Fair, Frame…
Plus près du Grand Palais, les tentes d’Art Élysées, de Design Élysées et de 8e Avenue faisaient le plein de visiteurs sans toutefois réussir à faire l’unanimité. «Cette édition d’Art Élysées était correcte, mais sans étincelle non plus», confie Vincent Amiaux, de la Galerie des Modernes. «Nous avons réalisé vingt-cinq ventes sur le salon. Nous sommes épuisés mais contents», souffle à l’inverse Stéphane Jacob (Arts d’Australie). «Autant le bilan économique est satisfaisant, autant le bilan culturel est plus mitigé», lance Jany Jansem, un brin ironique. «C’est un bon cru. C’est peut-être la première fois que nous ne recevons pas de compliments qui soient comparatifs à la FIAC. C’est plutôt satisfaisant eu égard au travail que l’on fait depuis toutes ces années», nous confie Baudoin Lebon, par ailleurs président du comité artistique du salon pour la section Art. Il vendait plus de cent vingt crabes de Javier Balmaseda au profit de SOS Méditerranée ainsi que trois peintures d’Elissa Marchal, sans oublier quelques touches supplémentaires. L’Outsider Art Fair continuait d’attirer un public toujours plus nombreux, avec, notamment, son focus sur les femmes dans l’art brut. «Nous avons accueilli 15 % de visiteurs en plus cette année. C’est notre foire la plus internationale à ce jour», glisse la directrice, Becca Hoffman. «Nous avons reçu plus de 2 500 personnes, ce qui est énorme pour nous. Toutes les pièces de France Bizot ont été vendues. Il y a eu beaucoup de transactions autour de Michael Zelehoski, d’Othoniel, d’Hervé Priou, pour les dessins de Vladimir Velikkovic, les installations de Mara Fortunatovic. Je suis très touchée par l’enthousiasme qu’a reçu notre sélection», se réjouit Nadia Candet, directrice de Private Choices. Les mises en situation d’œuvres dans un bel appartement parisien fonctionnaient une nouvelle fois à merveille. À l’autre bout de la ville, sur Asia Now, mais dans un immeuble au charme similaire, «l’ambiance était vraiment sympa dans un cadre intime et joli», confirmait Sunhee Choi, de la galerie Choi & Lager (Cologne et Séoul). Elle vendait deux tableaux de Jaeho Jung (6 000 et 12 000 €) et de Seahyun (10 000 € chaque) : «Nous avons trois after sales en cours de négociation, une commande en plus, et nous avons reçu la visite de plusieurs directeurs de musées, dont le Centre Pompidou ! C’est très encourageant.» «Cela s’est très bien passé pour nous : nous avons placé nos quatre artistes», renchérissait Maria Lund, qui défend elle aussi des artistes coréens. Frame s’essayait cette année à un format plus «curaté», gérant elle-même la sélection des œuvres et l’accrochage autour du thème du portrait. Elle réalisait pour près de 85 000 € de ventes cumulées, alors qu’il lui restait encore trois semaines d’exposition dans ses divers lieux du 7e arrondissement. «Je n’ai jamais aussi bien vendu, déclare Bertrand Scholler, de la galerie 5 Bellechasse et organisateur de l’exposition-salon, plus de trente pièces, de 200 à 22 000 €.» «Il y avait clairement un dynamisme positif à Paris cette semaine», confie, enthousiaste, Marie-Hélène de La Forest Divonne, qui exposait sur Galeriste après avoir douté de la pertinence de se mettre en concurrence avec la FIAC et toutes les autres foires. «Les événements s’entraînent les uns les autres pour créer une vraie synergie, que l’on n’avait pas connue depuis longtemps.» Un moment rare, où tous faisaient avancer l’écosystème parisien dans la même direction. C’est parfois beau, le monde de l’art !

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