La recherche d’un nouvel essor de l’art vietnamien

Le 08 mars 2018, par Anne Foster

Le 1er novembre 1925, l’école des beaux-arts d’Indochine ouvrait ses portes à Hanoï. Lé Phô, un des premiers élèves sortis diplômés, témoigne du nouvel élan des artistes vietnamiens, confiants dans leur style propre.

Lé Phô (1907-2001), Jeune fille à la rose, vers 1941, encre et couleurs sur soie, 41 x 32,2 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €

L’histoire aurait pu tourner court. Victor Tardieu, prix de l’Indochine au Salon de 1920, reçoit, peu après son arrivée à Hanoï, la commande d’une décoration pour l’université qui allait se construire. Il recherche des modèles pour sa fresque ; Paul Monet, directeur du Foyer des étudiants annamites, lui présente un élève doué, Nam Son, premier professeur autochtone de l’École des beaux-arts d’Indochine ; l’édification de l’université ayant pris du retard, Tardieu doit rester plus longtemps que prévu, et s’attache à faire de son «académie» indochinoise une réussite pour l’essor de l’art au Vietnam. Notion inscrite dans la charte, le respect des valeurs artistiques traditionnelles fait partie de l’enseignement. La première promotion de dix lauréats comptait un artiste issu d’une famille mandarinale, Lé Phô. Il s’initie à la peinture à l’huile, encouragé à traduire sur soie et en couleurs des scènes de la vie quotidienne, sublimées par une certaine vision occidentale. Le succès est au rendez-vous. À la fin du cursus de cinq années, il est choisi, avec d’autres peintres de sa promotion, dont Mai Trung Tu et Nguyen Phan Chan, pour représenter la nouvelle institution  et son succès  à l’exposition coloniale qui se tient à Paris en 1931. «L’un des plus brillants artistes qu’ait produits l’école», selon Tardieu, profite de ce séjour pour visiter l’Europe et s’imprégner des tableaux de maîtres, lors de ses visites de musées. Lé Phô admire en particulier les Primitifs flamands et italiens, leurs volumes gracieux, leur traitement des transparences, tout en retenant l’art de la composition des peintres de la Renaissance. Les femmes vietnamiennes sont peintes comme des madones de Fra Angelico ; une peinture sur soie, Méditation, pourrait aussi bien illustrer L’Annonciation. Dans la toile présentée prochainement, la jeune femme, tenant délicatement une rose épanouie, semble une prolongation de cette «méditation». Elle se remémore peut-être la vie heureuse d’un autrefois à jamais aboli, avec la nostalgie propre aux exilés. Elle fut peinte dans les années 1940, lorsque Lé Phô s’est installé définitivement en France, profitant de l’exposition de 1937 comme d’autres confrères. La coiffe diaphane, incongrue, évoque une figure issue de l’école primitive flamande, la rose renvoie aux portraits de la Renaissance italienne, son rouge éclaire les tonalités de brun et de noir de cette peinture. D’autres œuvres déploient les formes serpentines de ses femmes, inscrivent de délicates natures mortes dans une palette plus vive, celle qu’il admire chez Bonnard, Dufy et Matisse. 

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