La Biennale lance son in !

Le 09 septembre 2016, par Anne Doridou-Heim et Stéphanie Perris-Delmas

La célèbre manifestation parisienne nous offre cette année une programmation culturelle de renommée internationale. Ou le mariage heureux entre marché et institutions…

Manufacture de Sèvres, 1780. Vase «Militaire» en porcelaine dure, marques peintes en or, LL entrelacés sous une couronne, lettre date CC, h. 36,5 cm.
© Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg 2016

L’esprit Biennale, c’est depuis vingt-huit éditions une volonté sans faille de proposer le plus beau et le plus rare. L’invitation lancée au musée de l’Ermitage, au Mobilier national et à la Fondation de la haute horlogerie  trois institutions qui ont l’excellence dans les gènes  de présenter une sélection de leurs pièces emblématiques, s’inscrit dans cette lignée. Dans la longue histoire de la Biennale, il est question de faire date. Démonstration en trois temps.
Invité d’honneur, l’Ermitage
Des rives de la Néva aux bords de la Seine, les trésors de l’Ermitage seront abrités sous les verrières du Grand Palais, côtoyant pour l’occasion les appas des antiquaires. Une première pour un rendez-vous marchand de cette envergure, même si le dernier salon du dessin était parvenu, plus modestement il est vrai, à réunir quelques-unes des meilleures feuilles du musée des beaux-arts Pouchkine. «Pour réveiller cette belle endormie, il fallait taper fort», avoue Jean-Daniel Compain, ancien directeur général du pôle culture et loisirs de Reed Exhibitions qui a récemment rejoint les rangs de la Biennale. On lui doit cette idée, ô combien prometteuse !, de «proposer un contenu culturel fort en phase avec l’ADN de la Biennale ». Le projet devrait d’ailleurs nourrir les prochaines éditions. «Obtenir une exposition d’une grande institution étrangère, publique ou privée, fera désormais partie de la programmation de la foire», précise celui qui, il y a quelque temps déjà, avait réveillé la FIAC. Fort du soutien du directeur de l’Ermitage et de l’Institut français de Russie à Saint-Pétersbourg, ce qui apparaissait comme un projet un peu fou s’est avéré possible. Et quel meilleur choix que l’Ermitage, avec ses collections pléthoriques constituées par des tsars amoureux de la France, pour célébrer un siècle d’élégance française ? Tamara Rappe, responsable du Département des arts décoratifs d’Europe occidentale et Bernard Dragesco, membre du syndicat et fin connaisseur des porcelaines du XVIIIe siècle, ont puisé dans les collections trente-cinq chefs-d’œuvre réalisés à Paris au XVIIIe siècle. La France règne alors sur les arts, donne le ton et inonde le monde de ses productions. La Russie, fraîchement entrée dans le concert des nations sous le règne de Pierre Ier, entend bien tenir son rang et rivaliser avec les principales cours européennes. Catherine II fera ainsi entrer dans les collections des merveilles de l’art français, n’hésitant pas à acheter des ensembles entiers, telle la collection Crozat. Tableaux, meubles, morceaux d’orfèvrerie et porcelaines de France arrivent en nombre à la cour impériale ou dans les palais des aristocrates, comme le vase «Militaire» réalisé par la manufacture de Sèvres, provenant des collections du prince Youssoupoff et qui sort pour la première fois de Russie, ou l’écritoire de Tchesmé, commande spéciale de la Grande Catherine pour commémorer ses victoires sur la flotte turque. Historique toujours…

 

Serge Manzon (1930-1998), secrétaire, 1978, poirier, polyester laqué, aluminium, laiton et cuir, 150 x 110 x 90 cm, Paris, Mobilier national, GMC 254.
Serge Manzon (1930-1998), secrétaire, 1978, poirier, polyester laqué, aluminium, laiton et cuir, 150 x 110 x 90 cm, Paris, Mobilier national, GMC 254.©Mobilier national/Philippe Sebert

Le Mobilier national, lorsque le patrimoine ose
Se figurer le Mobilier national, c’est en un raccourci facile imaginer bureaux, bibliothèques, sièges et luminaires d’un grand classicisme, en accord avec les ors de la République pour lesquels ils ont été conçus. L’institution, en digne héritière du Garde-Meuble de la Couronne, pourvoit en effet à l’ameublement des résidences présidentielles, des ministères, des assemblées, des ambassades et autres grands corps de l’État. Mais n’allons pas trop vite et oublier l’une de ses autres missions essentielles, celle de participer à la création contemporaine en passant des commandes aux acteurs de l’art. Titrée «Tradition et audace !», l’exposition mise en scène dans le cadre de la Biennale le rappelle avec éclat. Une ambition qui va dans le sens de la nomination d’Hervé Barbaret au poste de directeur, le 10 juillet 2015. Il relève ici un nouveau défi, celui de la transmission de la création, des collections et du savoir-faire d’excellence du Mobilier national et des manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie. Vingt-trois pièces sélectionnées parmi près de cent mille objets mobiliers, conservés, restaurés et entretenus pour leur sauvegarde, retraceront soixante-dix années d’évolution du mobilier. Cette période sise entre 1943 et 2016 a connu les plus grands bouleversements dans le processus de développement de sa forme, de son usage et de son esthétisme. On en prend conscience de plein fouet, grâce à des marqueurs désormais devenus des pièces iconiques. Deux prototypes réalisés par l’Atelier de recherche et de création de l’institution en portent le témoignage : le secrétaire imaginé par Serge Manzon en 1978 et le fauteuil combinant inox, aluminium, verre, mousse de latex et cuir de l’architecte Édouard Albert (1910-1968), conçu pour l’exposition «Les Assises du siège contemporain» au musée des Arts décoratifs en mai 1968. Révolutionnaire !
La mesure du temps conquérante
Depuis sa création en 2005, à l’initiative d’Audemars Piguet, Girard-Perregaux et le groupe Richemont, la Fondation de la haute horlogerie (FHH) se porte garante de l’éclat de la spécialité. Elle s’engage à la faire connaître pour son rayonnement. L’invitation de la Biennale est donc des plus adaptées. Intitulée «La Conquête du temps», l’exposition conçue comme un parcours initiatique invite le visiteur à s’immerger dans un voyage temporel. Il s’agit de découvrir les différents stades de développements techniques et artistiques, qui tous reposent sur le savoir-faire et l’innovation. De la montre de poche octogonale exécutée à Blois dans la première moitié du XIXe siècle à l’horloge atomique à rubidium, due à la maison Temex Neuchâtel Time SA en 1995, en passant par la montre de poche de l’entreprise américaine Waltham de 1880, les pièces mises en lumière racontent une histoire, celle de la maîtrise du temps par l’homme. Dans ce domaine, il a su faire preuve d’une ingéniosité rarement égalée qui fait de l’horlogerie l’une de ses plus belles conquêtes. Et l’aventure continue… Comme l’explique Dominique Fléchon, historien, expert en histoire horlogère et auteur d’un ouvrage de référence, «demain, c’est du dix-milliardième de seconde dont les industries extrêmes telles l’informatique ou l’aéronautique auront besoin !». Une quête sans fin, on vous dit.

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