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La Gazette Drouot Marché de l'art - Foires et salons

La Biennale en «off»

Le 19 juillet 2018, par Agathe Albi-Gervy

Hors du Grand Palais, que nous réserve Paris en septembre ? L’émulation autour de la Biennale ne vaudra pas celle d’antan, mais les collectionneurs auront de quoi être satisfaits, et parfois même surpris.

La Biennale en «off»
Cédric Porchez (né en 1962), Vanitas VII, 2014, photographie au collodion, 31 x 41 cm.
Crédit Cédric Porchez, courtesy Galerie Éric Coatalem


L’âge d’or de la Biennale s’est de longue date patiné, voilà un fait admis de tous. L’an dernier, on avait observé une nette diminution du nombre d’événements organisés en périphérie du prestigieux salon, et les alentours du Grand Palais semblaient se tenir à l’écart des festivités. Qu’en sera-t-il cette année ? En comptant sur le fait que l’annualisation de l’événement  initiée avec la précédente édition  devrait être désormais digérée et que la manifestation célèbre son trentième anniversaire, on est en droit d’attendre un sursaut d’enthousiasme et d’activité. La redynamisation de la Biennale passera inéluctablement par la mobilisation de l’ensemble de la scène parisienne. Et les initiatives proposées en ce mois de septembre méritent les encouragements.
Les tableaux anciens dressent leur fresque
Comme de coutume, des galeristes de toutes spécialités tentent de capter une partie du flux des collectionneurs venus du monde entier sous la verrière du Grand Palais. Qu’ils participent ou non à la Biennale, certains organisent des expositions temporaires au sein de leur galerie, souvent d’un niveau scientifique très élevé et accompagnées de publications. On ne le comptera pas cette année parmi les stands de la grande foire, est-ce pour cela qu’Éric Coatalem transforme sa galerie en temple de la méditation, du 5 au 15 septembre ? «Vanités contre vanités» propose des photographies au collodion du Français Cédric Porchez, face à des tableaux et dessins hyperréalistes de Pere et Josep Santilari, frères jumeaux barcelonais. Tous trois ont déjà été exposés sur ces mêmes cimaises, mais c’est la première fois qu’ils s’y confronteront. Deux techniques extravagantes pour une thématique en miroir de la spécialité du galeriste : la nature morte du XVIIe siècle. Son confrère Philippe Esteves Mendes, lui aussi absent de la foire, exposera dès la première semaine de septembre un tableau exceptionnel «d’un peintre qui a fait l’actualité cette année, et dont la découverte majeure fera date et apportera un nouvel éclairage sur l’œuvre et la personnalité de ce grand maître français du XIXe siècle». L’effet de surprise doit être entretenu, même si l’indice réside sans doute du côté des grandes expositions monographiques de ce premier semestre… D’autres grands maîtres seront célébrés du 5 au 30 septembre par Franck Baulme : Louis-Michel Van Loo tout d’abord, à travers un portrait de Victor-Amédée III de Savoie âgé de 7 ans, dont une autre version est conservée au château royal de Racconigi, près de Turin ; François Boucher, ensuite, à qui l’on doit l’amusant motif du Jaloux, groupe en biscuit de Vincennes-Sèvres issu de la collection Nadine Ortiz-Patiño, dont une partie a été dispersée en juin à Drouot (voir Gazette 2018, n° 20, page 13).

Louis-Michel Van Loo (1707-1771) et atelier, Portrait de Victor-Amédée III de Savoie (Turin 1726 - Moncalieri 1796), 1733, huile sur toile, 85 x 71 cm
Louis-Michel Van Loo (1707-1771) et atelier, Portrait de Victor-Amédée III de Savoie (Turin 1726 - Moncalieri 1796), 1733, huile sur toile, 85 x 71 cm.Courtesy Galerie F. Baulme Fine Arts

Les antiquaires étonnent et détonnent
Fidèle depuis quarante ans à la Biennale, la galerie François Léage préfère cette année concrétiser son ambition entre ses murs : dépoussiérer l’image des meubles et objets d’art du XVIIIe siècle. Du 10 septembre au 16 novembre, l’exposition au titre engageant, «Forces et mouvements», reprend le principe du dernier accrochage organisé par son jeune et volontaire directeur, Guillaume Léage. Sous la houlette du commissaire Louis Amar, une quinzaine d’artistes contemporains  dont François Morellet, Tony Cragg, Jean Tinguely ou Elias Crespin  sont invités à dialoguer avec des ébénistes et bronziers du siècle des Lumières  Mathieu Criaerd, George Jacob, François Lieutaud ou Adam Weisweiler, entre autres  sur le thème des sciences mécaniques et mathématiques. De prouesses techniques, il sera décidément beaucoup question derrière les vitrines des grands marchands parisiens, un moyen de valoriser les créations d’exception qu’ils conservent précieusement. Des galeristes pris de passion pour des artistes et artisans «complètement piqués», comme l’indiquent avec une pointe d’humour les antiquaires Alexis et Nicolas Kugel, dans leur exposition du même titre consacrée, du 12 septembre au 8 décembre, à l’art du piqué, procédé d’un luxe extrême, développé pour la cour napolitaine du XVIIIe siècle, véritable marqueterie d’écaille de tortue mêlant nacre, ivoire et or…
Minimalisme XXe 
Autre univers, mais même goût du savoir-faire et de la perfection technique dans deux galeries d’arts décoratifs modernes et contemporains du quartier de Saint-Germain-des-Prés. Aline Chastel, directrice de la galerie Chastel-Maréchal, présente, du 6 septembre au 31 octobre, une sélection de design brésilien des années 1950 à 1980. Une première. À quelques pas de là, Robert et Cheska Vallois seront eux aussi sur le qui-vive pendant la Biennale. Ces éminentes figures du marché de l’art déco, installées depuis 1971, misent sur les lignes droites et les fines marqueteries de Jean-Michel Frank. Le décorateur emblématique de l’art déco, auquel l’espace de la galerie est consacré du 13 septembre au 13 octobre, fait écho au goût actuel pour les lignes épurées et les matériaux luxueux, inattendus et complexes.

 

Jean-Michel Frank (1895-1941). Paire de meubles à cinq tiroirs gainés de parchemin, vers 1930, h. 121 cm. Galerie Vallois.
Jean-Michel Frank (1895-1941). Paire de meubles à cinq tiroirs gainés de parchemin, vers 1930, h. 121 cm. Galerie Vallois.© Vallois, Paris - Arnaud Carpentier

L’archéologie sonde les âmes
Face aux sciences et techniques, les croyances et superstitions… Un autre thème dominant dans les expositions «off» de cette année, qui promet, lui aussi, d’attiser facilement la curiosité des chalands et collectionneurs. C’est le cas avec Éric Coatalem et ses vanités, évoquées plus haut, mais aussi pour la galerie Kevorkian, qui entame décidément la rentrée sur les chapeaux de roue : en plus de participer à la Biennale et au Parcours des mondes, elle organise un accrochage dans son espace du quai Malaquais, du 11 au 29 septembre. Idoles et créatures mythiques de l’Antiquité envoûteront ses murs : datées du troisième au premier millénaire av. J.-C., elles sont issues de plusieurs collections particulières françaises aussi importantes qu’anciennes, parmi lesquelles les classiques Barbier-Mueller et David-Weill. Dans le même temps, du 11 au 14 septembre, Antonia Eberwein, fille de la fondatrice de la galerie éponyme, Roswitha Eberwein, invoquera les momies et la magie de l’Égypte antique. Un pectoral, une bandelette inscrite des quinze premiers chapitres du Livre des morts, ou encore un relief provenant de la tombe de Sethi Ier gravé d’une inscription issue du Livre des portes… Autant de témoignages des croyances que vouaient les Égyptiens au pouvoir des formules protectrices dans l’accession à la vie éternelle.
Déco & Co
Du côté des événements et salons périphériques, l’offre n’égale certes pas celle des «off» de la FIAC en octobre. Néanmoins, le Carré Rive Gauche se mobilise pour l’entièreté de septembre, promu «Mois des collectionneurs». Cette nouvelle initiative  inaugurée le 5 septembre, en même temps que le Parcours de la céramique et des arts du feu a pour but d’attirer les plus exigeants, chaque galeriste participant mettant en avant un objet exceptionnel. Pour l’occasion sera aussi lancé un partenariat entre l’association de marchands et un palace du quartier tout juste rouvert, le mythique Lutetia. La plus belle suite de l’établissement sera décorée d’œuvres provenant des galeries du Carré Rive Gauche. Une scénarisation renouvelée tous les six mois… qui devrait inspirer quelques décorateurs. Ceux-ci séjournent en effet en nombre à Paris à cette époque de l’année, attirés par le grand rendez-vous de la décoration d’intérieur. S’il ne s’agit pas à proprement parler d’un événement «off», le très prescripteur salon professionnel Maison & Objet est désormais lié à la Biennale par un partenariat. Du 7 au 11 septembre, les visiteurs du Grand Palais bénéficieront ainsi d’un billet couplé avec le salon du parc des expositions de Villepinte. Paris Design Week et AD Intérieurs joueront quant à eux les prolongations, respectivement jusqu’au 15 et au 23 septembre. De quoi occuper la rentrée !

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