La Belle Époque de Brunoy

Le 11 juillet 2019, par Valentin Grivet

Modeste mais doté d’une intéressante collection documentaire, le musée Robert-Dubois-Corneau évoque le temps où Brunoy, dans l’Essonne, était un lieu de villégiature apprécié des Parisiens fortunés.

 
© musée Robert-Dubois-Corneau

Située à proximité de la forêt de Sénart, au bord de l’Yerres, la ville de Brunoy a attiré dès le XVIIIe siècle, et plus encore au siècle suivant, de nombreux aristocrates et bourgeois venus profiter de son calme et de sa verdure, à une vingtaine de kilomètres de Paris. Sans avoir le patrimoine d’Yerres, sa voisine  où se trouve notamment l’ancienne propriété de la famille Caillebotte , Brunoy conserve de beaux exemples de maisons de villégiature construites sous le second Empire et à la Belle Époque. «Mais, à l’exception de l’ancien château du Réveillon, qui accueille aujourd’hui la Maison des arts de Brunoy, de celui des Ombrages, transformé en école, et de trois maisons qui appartiennent au Muséum d’histoire naturelle, la plupart des propriétés ont été morcelées et sont privées, inaccessibles au public et souvent invisibles» : ces mots sont de Magali Botlan, directrice du musée Robert-Dubois-Corneau, dont la vocation est de préserver la mémoire de cette histoire architecturale et sociale. L’établissement doit son nom au dernier propriétaire de la demeure dans laquelle il est installé, une villa construite au milieu du XIXe siècle. Héritier d’une famille aisée et féru d’histoire locale, Robert Dubois-Corneau (1876-1951) a rassemblé au cours de sa vie un ensemble considérable de documents, d’objets et d’œuvres d’art liés à la vallée de l’Yerres, et plus largement à la Brie. À son décès, il lègue à la ville quelque trois mille cinq cents pièces articles de presse, correspondances, photographies et plaques de verre, portraits peints ou gravés, tableaux de paysages, pastels, porcelaines, sculptures , qui constitueront le premier noyau du musée. Celui-ci a d’abord été associatif  créé en 1980 à l’initiative de Jean Gautier, président de la Société d’art, histoire et archéologie de la vallée de l’Yerres , avant de devenir municipal en 1991 et de recevoir le label de «musée de France» en 2003.
Un patrimoine méconnu et fragile
Derrière la façade de la maison habillée d’un décor de stuc de 1911, les petits salons du rez-de-chaussée, ouvrant sur le jardin, sont réservés aux expositions temporaires patrimoniales ou d’art contemporain, tandis que les étages abritent le parcours permanent, organisé en deux parties. La première raconte l’histoire de la villégiature dans la région, du XVIIIe siècle au milieu du XXe, à travers les grandes figures ayant marqué les lieux. Ainsi du banquier Jean Pâris de Monmartel, parrain de la Pompadour, qui acheta la seigneurie de Brunoy en 1722, de son fils le marquis de Brunoy, du comte de Provence, de François Joseph Talma, l’acteur préféré de Napoléon Ier immortalisé par une série de portraits gravés , et, enfin, de Robert Dubois-Corneau. La seconde partie est axée sur la peinture de paysage (Numance Bouel, Maurice Eliot…)
et la sculpture, avec les œuvres art déco de Maurice Prost et de Pierre Dandelot, qui eurent des propriétés à Yerres et à Brunoy. Certes, la collection est inégale, et notamment ses tableaux. Mais elle possède un intérêt documentaire, et le musée Robert-Dubois-Corneau constitue un bel outil pédagogique pour mettre en lumière un patrimoine méconnu et fragile. Car si, depuis 2017, certaines maisons des XIX
e et XXe siècles sont protégées par une AVAP (aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine), qui limite les modifications hasardeuses et d’éventuelles destructions, aucune n’est inscrite ou classée au titre des monuments historiques. Il reste à mener, de la part de la municipalité ou de la communauté de communes, un vrai travail de mise en valeur de ces lieux. À commencer par une signalétique, qui permettrait de repérer les propriétés dans la ville, et un simple fléchage depuis la gare, qui indiquerait l’existence du musée.

à voir
«Dix ans d’enrichissement des collections», musée Robert-Dubois-Corneau,
16, rue du Réveillon, Brunoy, tél. : 01 60 46 33 60.
Du 21 septembre au 29 décembre 2019.
www.ville-brunoy.fr
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