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La beauté de la ligne

Le 20 décembre 2018, par Caroline Legrand

Si la nature est une source d’inspiration pour Louis Majorelle, elle a pour fonction de mettre en valeur la structure de ses meubles. Démonstration avec le célèbre fauteuil de bureau du modèle «aux nénuphars».

La beauté de la ligne
Louis Majorelle, fauteuil de bureau


Le mobilier «aux nénuphars» est l’un des plus emblématiques de la création de Louis Majorelle. Une alliance parfaite entre des formes équilibrées et élégantes et un décor de hautes tiges végétales en bronze doré qui s’envolent vers le ciel, apportant vie et dynamisme au siège. La présentation de ce modèle marqua d’ailleurs le début du succès de l’artiste, à l’Exposition universelle de 1900. Cet incroyable ensemble composé à l’origine d’un bureau, de son siège et d’une grande vitrine-bibliothèque, fut le symbole de la création originale et moderne prônée par Louis Majorelle. Les fleurs de nénuphar semblent jaillir du sol ; grimpant le long des pieds, elles se glissent dans le dos et sur les côtés, comme pour tenter de s’élever au-delà des limites de la structure. Pourtant, nulle exubérance : elles mettent en valeur le meuble ou le siège, en opposant aussi leur dorure au délicatplacage sombre de l’acajou du Honduras. Fidèle à ses préceptes de production semi-industrielle, en petites séries, Majorelle reprit ce modèle à quelques occasions dans les années suivantes, pour des meubles indépendants ou des ensembles  un concept très à la mode , à l’image de la fameuse chambre à coucher, créée entre 1905 et 1909, longtemps conservée au palais du Rhin, à Strasbourg, et aujourd’hui au musée d’Orsay. Un exemplaire similaire à ce siège appartient aux collections du musée de l’École de Nancy. Si Émile Gallé était le verrier de cette dernière, Louis Majorelle en fut sans aucun doute l’ébéniste. Il sut imposer son art, s’appuyant sur une grande connaissance de la tradition, mais aussi une volonté d’innovation. Il prend en 1879 la tête de l’entreprise familiale, mais il faudra attendre 1894 pour voir les prémices d’une nouvelle production, avec la présentation à l’exposition d’art décoratif et industriel lorrain d’une table intitulée La Source, de style Renaissance et au décor naturaliste dessiné par Jacques Gruber. Abandonnant les pastiches, dont certains firent pourtant sa célébrité, il se lance avec audace dans la nouvelle esthétique art nouveau, à la suite d’un certain Émile Gallé. Inspiré du symbolisme, il multiplie l’utilisation d’éléments naturels, tant dans les structures que dans les marqueteries et jusque dans les désignations de ses meubles, «aux nénuphars», «monnaie du pape», «épi de blé»… Petit à petit, passant de l’ornemental au formel, l’ébéniste s’adapte au goût pour les meubles plus épurés et fonctionnels, ses décors se soumettant désormais aux formes, et non le contraire. Au fil des années, Majorelle s’impose designer avant l’heure, mais aussi chef d’entreprise, agrandissant la sphère d’influence de l’atelier familial de Nancy avec l’ouverture à Paris d’une boutique rue de Provence rachetée à Samuel Bing  et d’autres magasins en France et en Europe. Sans oublier le passage de commandes pour d’illustres clients, grands industriels ou couturiers. Un mariage réussi entre art et industrie, créativité et commerce.

Louis Majorelle (1859-1926), fauteuil de bureau,modèle «aux nénuphars», en acajou sculpté et mouluré, bronzes dorés, assise en cuir d’origine, 80 x 85
Louis Majorelle (1859-1926), fauteuil de bureau,
modèle «aux nénuphars», en acajou sculpté et mouluré, bronzes dorés, assise en cuir d’origine, 80 x 85 x 75 cm. 

Estimation : 60 000/80 000 €

tableaux impressionnistes et contemporains, arts d'Asie et d'Extrême-Orient, arts décoratifs du XXe siècle
dimanche 30 décembre 2018 - 14:30 (CET) - Live
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