L’univers intimiste de Jacques Truphémus

Le 26 mai 2017, par La Gazette Drouot

L’œuvre d’un des meilleurs représentants de l’école lyonnaise contemporaine passe en salle le 1er juin. Fenêtre à l’atelier par Truphémus rappelle, par sa matière généreuse, les préceptes de ce groupe de peintres attachés à rendre la beauté du quotidien.

Jacques Truphémus (né en 1922), Fenêtre à l’atelier, 1973, huile sur toile, signée en bas à droite, contresignée et datée au dos, 54,5 x 46 cm.
Estimation : 5 000/7 000 €

À Lyon, la maison De Baecque & Associés a pris l’habitude de nous fixer des rendez-vous centrés autour d’une collection régionale d’art moderne et contemporain. Le prochain, en date du jeudi 1er juin, sera l’occasion de disperser un ensemble inédit, rassemblé par le docteur Jacques Miguet jusqu’à sa disparition, en 1985. Né en 1921 à Douvaine, en Haute-Savoie, ce médecin de campagne devient, dès 1950, l’une des figures les plus impliquées dans l’activisme culturel de la région Rhône-Alpes. Il organise alors en divers lieux des expositions, où sont invités nombre de jeunes artistes. En précurseur, il s’attache surtout à ouvrir un véritable espace de création dans la région du Chablais : ce sera, en 1958, les «Granges de Servette». Ces bâtiments du XVIIe siècle, situés dans son village natal, abritent depuis une collection permanente d’œuvres de notre temps, autour de L’Élagueur au cœur gai, une monumentale sculpture de Paul Philibert-Charrin (1920-2007).
Un atelier ouvert sur le monde
Si l’homme fut un pionnier en matière événementielle, il se révèle également, assisté de son épouse Annie, un très grand collectionneur de peintures, en particulier de ces artistes de l’école dite «de Lyon». Sur les murs de leur demeure se bousculent les toiles de leurs amis, tels André Cottavoz, Jean Fusaro, Henri Lachièze-Rey, Simone Gambus, Henri Castella et, bien sûr, Jacques Truphémus. Une bande de copains qui se sont tous connus, au début des années 1940, dans les salles de l’école des beaux-arts de Lyon. Puis vient le temps de la séparation, avec le départ de certains pour Paris, où ils vont prolonger leurs recherches. Mais tous obéissent alors à une envie commune : privilégier la matière afin de mieux traduire l’émotion, loin de toute abstraction «desséchante», qu’elle soit géométrique ou lyrique. C’est aussi le temps du sanzisme, ou «sans-isme», revendiqué par une génération de jeunes révoltés qui refusent toute classification dans un courant formel. Jacques Truphémus est l’un des chantres, et non des moindres, de ce mouvement. Après avoir exposé en 1947 au premier «Salon des moins de 30 ans», aux côtés entre autres de Bernard Buffet, il se fait connaître lors du fameux Salon du sanzisme organisé à Lyon en décembre 1948 avec ses anciens condisciples ; huit ans plus tard, le musée de Genève est la première institution à acheter une de ses toiles. Plus tardive, datée de 1973, cette Fenêtre à l’atelier n’a pas dévié de ce désir originel de rendre la beauté intime du quotidien. D’ailleurs, nous sommes face à deux motifs récurrents de son œuvre. Ainsi, parmi les vingt-cinq toiles que possède le musée Paul-Dini de Villefranche-sur-Saône, citons un Atelier du Vigan et La Fenêtre du Vigan… Cet univers plein de sensibilité, une rétrospective consacrée au peintre de 95 ans le met en lumière à la Propriété Caillebotte de Yerres, dans l’Essonne, jusqu’au 9 juillet. Son titre ? «Jacques Truphémus, l’intimité révélée».

jeudi 01 juin 2017 - 06:00 - Live
Lyon - Hôtel des ventes, 70, rue Vendôme - 69006
De Baecque et Associés
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