L’exception italienne

Le 15 octobre 2019, par Anne Doridou-Heim

La très rare et précieuse collection Alana s’invite au musée Jacquemart-André, à Paris. Une vision globale de la peinture italienne, de l’art gothique au XVIIe siècle.

Orazio Gentileschi, (Pise, 1563 - Londres, 1639), L’Annonciation, vers 1600-1605, huile sur albâtre monté sur ardoise, 49,5 38,5 cm. Collection Alana, Newark, DE, États-Unis.
Photo : © Allison Chipak

Rarement une exposition a fait autant écho au lieu qui l’abrite. Il n’y a pas de hasard dans le prêt, par Álvaro Saieh et Ana Guzmán (Alana est la contraction de leurs deux prénoms), de leurs tableaux italiens au musée Jacquemart-André. C’est en raison de la grande proximité entre leurs œuvres et les collections, nées elles aussi de la volonté d’un couple d’amateurs exceptionnel, qu’ils ont accepté de prêter 77 tableaux parmi les 450 qu’ils possèdent. L’Italie, épicentre de la Renaissance au cœur des innovations picturales qui s’apprêtent à révolutionner le monde de l’art, est leur fil rouge. Pierre Curie, conservateur de l’institution parisienne et co-commissaire de l’exposition, ne cache pas son bonheur de pouvoir présenter cet ensemble très rarement prêté. «Ce sont des témoignages uniques, en mains privées, de la vitalité des écoles italiennes et de la coexistence dans la même temporalité de langages picturaux différents.» Ce qui explique le choix d’accrocher, dans la première salle, les œuvres à touche-touche, sans logique d’école ni d’époque, comme dans l’appartement des collectionneurs, bien loin de l’esprit «musée» actuel. Florence côtoie Venise, le maniérisme le baroque, un tondo de Jacopo del Sellaio un panneau de Vittore Carpaccio. Il faut, comme le recommande le collectionneur, se laisser «déambuler tranquillement et s’arrêter devant les tableaux qui attirent l’attention». Son intention est ici d’offrir une vision globale de l’art italien du XIIIe au XVIIe siècle, à la manière dont il a construit sa sélection. L’œil un peu surpris s’arrête, progresse et fait des allers-retours pour lire les cartels et comparer les styles. On retrouve ensuite un parcours chronologique rendant compte des lignes de force de la collection. La séduction opère, les ors des Primitifs éclatent grâce à l’impeccable état de conservation des peintures sélectionnées et à quelques pièces maîtresses, dont L’Annonciation de Lorenzo Monaco, avec l’ange aux ailes polychromes, et cette Vierge d’une incroyable douceur, jetant les derniers feux du gothique international. Avec la Crucifixion de Bernardino Daddi, petit bijou de piété privée montrant une forte intériorisation de l’approche religieuse, ou le devant de cassone de Lo Scheggia qui résonne avec la fameuse bataille de Paolo Uccello. La première renaissance florentine s’ouvre à la perspective et à la spiritualité, qui trouve son plein humanisme avec le Christ de douleur, peint vers 1490 par Cosimo Rosselli, tandis que Venise introduit le XVIe siècle et le luminisme. Le spectaculaire Tintoret, récemment acquis, attend encore l’identification de son sujet de bataille, Pontormo et Bronzino renvoient à la Florence des Médicis et illustrent l’art magistral du portrait, une Allégorie des fruits d’automne de Giorgio Vasari annonce les premières natures mortes. Le parcours s’achève sur une note baroque. Annibal Carrache, Dolci, Manfredi et un éminemment tendre Orazio Gentileschi invitent à y plonger avec délectation. On ne peut que se réjouir de la volonté du collectionneur de repousser ses limites chronologiques, pour arriver au splendide XVIIe siècle.

« La collection Alana, chefs-d’œuvre de la peinture italienne », musée Jacquemart-André,
158, boulevard Haussmann, Paris VIII
e, tél. : 01 45 62 11 59.
Jusqu’au 20 janvier 2020.
usee-jacquemart-andre.com
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