L’audace de Marie Guillemine dans un sujet rarissime. Une redécouverte.

Le 21 mai 2020, par Carole Blumenfeld

Si le Portrait d’une femme noire de Madame Benoist compte aujourd’hui parmi les œuvres les plus célébrées du début du XIXe siècle, Les Adieux de Psyché à sa famille n’étaient pas réapparus depuis le Salon de 1791.

Marie Guillemine Benoist (1768-1826), Les Adieux de Psyché à sa famille, huile sur toile, 111 145 cm.
Estimation : 40 000/60 000 

Le parcours d’une femme artiste n’était point une sinécure au XVIIIe siècle ni au début du XIXe d’ailleurs ! Passe encore que le surintendant des Bâtiments du roi ait provoqué un esclandre sous prétexte que la fréquentation de l’atelier de David aurait été dommageable pour la vertu des sœurs Laville-Leroux… Chaussard consacra à Marie Guillemine un texte plein d’indiscrétions dans le Pausanias français en 1806 : «Le talent seul de madame Benoist et le mérite de ses portraits suffisent pour exciter l’intérêt le plus vif ; mais lorsqu’on vient à se rappeler que nouvelle Émilie d’un des successeurs de Dorat, de l’aimable Demoustier qui composa pour elle ses Lettres sur la mythologie, et qui fut moissonné comme Jean second avant le temps, une piquante curiosité se mêle à l’intérêt ; il redouble lorsqu’on apprend qu’elle a depuis lié son sort à celui d’un homme de lettres connu par des traductions utiles, par des travaux administratifs, et enfin qu’elle est une des élèves les plus estimées de M. David.» Lorsque Marie Guillemine Laville-Leroux expose pour la première fois au Salon de 1791, le peintre Chéry s’écrie : «Si je publiais une critique, je ne dirais de cette fameuse Artiste que ces mots par Mlle, telle & compagnie. En vérité, il faut être bien osée d’exposer en public des ouvrages faits par trente-six mains, mais ces demoiselles veulent peindre l’histoire…» Elle présentait alors L’Innocence entre le Vice et la Vertu et Les Adieux de Psyché à sa famille, joli clin d’œil à son admirateur. Dans ses Lettres à Émilie sur la mythologie, Demoustier décrit cette scène inspirée de L’Âne d’or ou les Métamorphoses d’Apulée, au cours de laquelle les parents de Psyché suivent la prédiction de l’oracle et s’apprêtent à abandonner leur fille au sommet du rocher afin qu’elle soit prise pour femme par un monstre : «Je ne vous peindrai pas le désespoir des parents et la feinte douleur des deux sœurs aînées, qui, assez mal mariées, n’étaient point fâchées de voir leur cadette plus mal mariée encore. (…) on arrive au rocher fatal. Là, le père de Psyché, courbé sous le poids des ans et de la douleur, lui fait ses derniers adieux. La reine, pour la dernière fois, la presse douloureusement dans ses bras maternels ; et ses sœurs, en sanglotant, versent les pleurs qu’elles avaient réservés pour cette dernière scène.» Marie Guillemine récolta les louanges des Petites affiches de Paris et de La Béquille de Voltaire au Salon. Elle y rivalisait avec ses confrères qui avaient eux aussi fait leurs classes chez David et auxquels elle n’avait rien à envier, surtout pas l’aplomb qu’il fallait pour rendre hommage à son maître et pygmalion et n’avoir que faire du qu’en-dira-t-on.

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