L’aller et retour des émaux cloisonnés

Le 07 décembre 2018, par Anne Foster

Peu de techniques étrangères ont été adoptées par l’empire du Milieu. L’une en particulier a séduit par ses couleurs éclatantes. En retour, les artistes français du XIXe siècle seront fascinés par les pièces de Chine.

Chine, dynastie Ming, règne de Jingtai (1449-1457). Vase de forme zun en bronze doré et émaux cloisonnés, la base incisée de la marque horizontale « Da Ming Jong Tai Nian Zhi » («Fait sous le règne de (l’empereur) Jingtai des grands Ming»). h. 15,5, diam. 12,2 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €

Le vase, aux volumes très simples, brille de l’éclat de l’or et du blanc à l’imitation de la nacre, sur un fond bleu turquoise. Quelques touches de rouge, un peu de bleu-vert, animent la surface à décor de fleurs de lotus, soulignée d’une frise de pétales de lotus stylisés ; sur le pied, des boutons et des feuilles de chrysanthème tracent une élégante ondulation. La forme zun était utilisée depuis les Shang (XVIIe-XIe siècle av. J.-C.) pour contenir des boissons, lors des banquets offerts pour honorer la mémoire des ancêtres. L’ornementation reprise de la porcelaine, traditionnelle pour les objets à vocation religieuse, est transposée avec talent dans une nouvelle forme d’art, celui de l’émail cloisonné. Technique fort ancienne, apparue vers le XIIIe siècle avant notre ère dans la Grèce mycénienne, elle essaime vers la Russie, se développe à un très haut niveau à Byzance, avant de gagner toute l’Europe par l’entremise de Venise. Elle se propage vers la Chine par la route de la soie, au début de l’époque Ming. Les premières commandes émaneront des empereurs, pour fournir des objets rituels aux temples du bouddhisme tibétain. La palette de couleurs est certes limitée au bleu turquoise et bleu lapis-lazuli, ainsi qu’aux noir, blanc, vert, rouge, jaune. Les teintes sont franches, enchâssées dans leurs résilles de cuivre doré. Au fur et à mesure de l’amélioration des procédés, des objets de grande taille apparaissent sous les Qing, en particulier sous le règne de Qianlong. Au XIXe siècle, les émaux cloisonnés chinois seront collectionnés par les Occidentaux et serviront d’inspiration pour des artistes tel Barbedienne. Ce vase a été réalisé à une période troublée de l’histoire du pays. En juillet 1449, le chef mongol des Oïrats Esen Taidji lance une invasion du territoire chinois, et l’empereur Zhengtong est capturé à la bataille du Tumu. Il a laissé son cadet, Zhu Qiyu, à Pékin diriger l’empire, qui prend le pouvoir le 22 septembre sous le nom de «Ming Jingtai». L’ancien empereur libéré restera en résidence surveillée durant sept ans, puis retrouvera son trône à la faveur d’une maladie de son frère. Pendant son règne avec l’aide de Qian Yu, ministre de la Guerre qui repoussa les Mongols , ce dernier développa l’économie de son empire. Lorsqu’il fut déchu, il laissa un pays en paix, géré par une administration efficace. Il mourut peu de temps après sa mise en résidence surveillée. Son frère refusa qu’il soit enterré auprès des tombeaux impériaux, et trouva une sépulture dans les collines, à l’ouest de Pékin. Son nom reste attaché à la renommée des émaux cloisonnés produits sous son court règne.

lundi 10 décembre 2018 - 14:00 - Live
Salle 2 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Aguttes
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne