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Jean Dubuffet. Bal des Figures

Publié le , par Virginie Huet

Débordant d’un mince pichet bleu sur fond plat, un Petit bouquet de fleurs mandarines aux têtes de clous ouvre le bal donné en l’honneur du cent vingtième anniversaire de la naissance de Dubuffet (1901-1985). Esprit rétif, le père de l’art brut l’achève en 1943, un an après avoir mis fin à sa carrière de marchand de vins,...

Jean Dubuffet (1901-1985), Arabe, gazelle et trois palmiers, 1948, gouache sur papier,... Jean Dubuffet. Bal des Figures
Jean Dubuffet (1901-1985), Arabe, gazelle et trois palmiers, 1948, gouache sur papier, 44 55,5 cm.

Débordant d’un mince pichet bleu sur fond plat, un Petit bouquet de fleurs mandarines aux têtes de clous ouvre le bal donné en l’honneur du cent vingtième anniversaire de la naissance de Dubuffet (1901-1985). Esprit rétif, le père de l’art brut l’achève en 1943, un an après avoir mis fin à sa carrière de marchand de vins, dans cette manière franche qui ne le quittera pas. En témoigne la trentaine d’œuvres sur papier, sur toile et en volume retraçant, à deux pas du Palais de l’Élysée, quarante ans de figures libres. Près de ses « Psycho-sites » (1980-1981), série de lieux indéfinis peuplés de silhouettes enfantines isolées dans leurs bulles de couleurs vives, onze extraits du cycle de « L’Hourloupe » (1962-1974) attirent l’attention. Ainsi de Paysage logologique (1968), partie du Cabinet du même nom logé à la Closerie Falbala, folie en résine et béton bâtie exprès à Périgny-sur-Yerres, ou de Clochepoche (1973-1988), personnage secondaire de Coucou Bazar, ballet barré dont les décors et costumes rouges, blancs et bleus cernés de noir, s’animent dans la cacophonie générale. Ces répliques sur polystyrène expansé de gribouillages faits au stylo-bille – le temps de conversations téléphoniques – sont connues. Mieux vaut s’attarder sur les gouaches et dessins, plus discrets, plus rares aussi, rapportés du Sahara. À El-Goléa, oasis d’Algérie où il séjournera trois fois entre 1947 et 1949, « l’homme du commun » adopte « le genre arabisant à outrance », fasciné par les Touaregs dont il apprend la langue. Dans le « rien » du désert, tout l’inspire : une gazelle, trois palmiers, la prière, surtout le sable, ce « meilleur compagnon » qu’il pétrit sans cesse, jamais las « d’y plonger les mains », laissant en surface quantité de « tracés et empreintes ». Geste et matière d’origine caractérisent deux autres peintures rupestres, semblant venir du fond des âges : Haute tête en pomme de terre (1951), profil louche où deux yeux rapprochés émergent d’un magma de pâte fêlée, et Paysage au chien bleu (1952), champ de boue que traverse un toutou au faux air de chèvre, seul au monde dans la nuit galactique.

Opera Gallery,
62, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 
VIII
e, tél. : 01 42 96 39 00.
Jusqu’au 4 janvier 2022.
www.operagallery.com

 
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