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Musée d'Orsay : James McNeill Whistler, chefs-d’œuvre de la Frick Collection

Publié le , par Virginie Huet

Les voix sont basses et les pas de velours, amortis par l’épaisse moquette pourpre assortie aux rideaux à l’entrée. Dans ce modèle réduit de la Frick Collection, ouverte en 1935 à New York sur la Ve Avenue, aujourd’hui fermée pour travaux (voir Gazette du 8 avril 2021), règne le chic suranné du manoir-musée de Henry Clay...

James Abbott McNeill Whistler (1834-1903), Symphonie en couleur chair et rose : portrait... Musée d'Orsay : James McNeill Whistler, chefs-d’œuvre de la Frick Collection
James Abbott McNeill Whistler (1834-1903), Symphonie en couleur chair et rose : portrait de Mrs. Frances Leyland [Symphony in Flesh Colour and Pink: Portrait of Mrs. Frances Leyland], 1871-1874, huile sur toile, 195,9 102,2 cm, The Frick Collection, New York.
© Photo oe Coscia Jr

Les voix sont basses et les pas de velours, amortis par l’épaisse moquette pourpre assortie aux rideaux à l’entrée. Dans ce modèle réduit de la Frick Collection, ouverte en 1935 à New York sur la Ve Avenue, aujourd’hui fermée pour travaux (voir Gazette du 8 avril 2021), règne le chic suranné du manoir-musée de Henry Clay Frick (1849-1919), « roi du coke » philanthrope. Le long de murs argentés, vingt-deux œuvres suffisent à faire état des intentions aesthetic de l’Américain James McNeill Whistler (1834-1903), dandy perfide et meilleur ennemi de Courbet, dont la manière économe, attentive à l’atmosphère d’ensemble, tire un trait d’union entre impressionnistes, préraphaélites et symbolistes. Dix-neuf d’entre elles ont traversé l’Atlantique, propriétés du tycoon à l’empire d’acier, lequel prenait très au sérieux l’héritier supposé de Vélasquez, Hals et Rembrandt, pourtant raillé par la haute société victorienne. Près des eaux-fortes et pastels dépouillés de sa « suite vénitienne », trois portraits en pied retiennent l’attention. Ceux de Miss Rosa Corder (1876-1878), artiste et maîtresse du marchand Charles Augustus Howell, de Mrs. Frances Leyland (1871-1874), femme du mécène et armateur Frederick Leyland, et de Robert de Montesquiou-Fezensac (1891-1892), icône fin-de-siècle à l’âme décadente. En chair et rose, brun et noir ou noir et or, ces quasi-monochromes toisent trois trésors d’Orsay : Arrangement en gris et noir (1871), proche d’un Manet ou d’un Fantin-Latour, où Anna McNeill, mère austère de Whistler, pose assise et de profil ; L’Homme à la pipe (vers 1859), vilaine trogne d’un colporteur croisé aux Halles, et Variations en violet et vert (1871), charmante vue de la Tamise sous influence japonaise. La même infuse Symphonie en gris et vert : l’Océan, autre bijou de la Frick Collection, que Whistler achève en 1866 à Valparaiso, bientôt bombardée par la marine espagnole. À gauche d’un papillon posé en signature, une branche de bambou balaie l’écume des vagues, tandis qu’au large, cinq navires mouillent dans la brume de jade.

Musée d’Orsay,
esplanade Valéry-Giscard-d’Estaing, Paris 
VII
e, tél. : 01 40 49 48 14.
Jusqu’au 8 mai 2022.
www.musee-orsay.fr 
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