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Henri Laurens, un sculpteur moderne dans sa plénitude

Publié le , par Caroline Legrand

Souplesse et beauté intemporelle règnent sur cette Femme aux bras levés, témoin des œuvres de la seconde partie de carrière d’Henri Laurens emblématique du cubisme.

Henri Laurens, un sculpteur moderne dans sa plénitude
Henri Laurens (1883-1954), Femme aux bras levés, sculpture en terre cuite à patine naturelle, épreuve ancienne réalisée vers 1930, monogrammée sur la tranche de la terrasse, numérotée 1/6 sur l’étiquette de la galerie Simon, 43,5 27,5 24,2 cm.
Estimation : 140 000/160 000 

Vers 1930, Henri Laurens entreprend un changement majeur dans son art, se libérant de l’esthétique cubiste, passant du relief à la ronde-bosse assumée, abandonnant la polychromie. Ses sculptures envahissent la troisième dimension. Désormais, elles se concentrent en lignes assouplies, arborant rondeurs et ondulations. La femme, déjà présente auparavant, devient son thème privilégié. Entre déesse antique et allégorie d’une Nature moderne, elle s’exprime à travers son corps en mouvement, dont chaque membre est relié dans une continuité organique, signifiée par ce ruban prolongeant les mains de notre figure et contournant son torse. Numérotée 1/6, cette terre cuite fut réalisée pour la galerie Simon, comme en témoigne l’étiquette sous sa base. À l’issue de la Première Guerre mondiale, le marchand allemand Daniel-Henry Kahnweiler voit son magasin parisien fermé, et ses biens mis sous séquestre. Il décide d’ouvrir le 1er septembre 1920 une nouvelle galerie, au 29 bis, rue d’Astorg dans le huitième arrondissement, qui portera le nom de son associé, André Simon. Si Laurens gère seul ses contrats à partir de 1921, il continuera de vendre un certain nombre de modèles à Kahnweiler.

Le bonheur est dans les formes
Dans plusieurs de ses écrits, l’épouse d’Henri Laurens, Marthe, fait part du plaisir que la sculpture procura à son mari, particulièrement au début des années 1930, lorsque «toute la rigueur de la recherche cubiste aboutit ici à un dénombrement plus complet des suavités du corps féminin qui tant est tendre». Ces «formes heureuses» qu’elle loue restituent alors pleinement et «sans pudeur l’approche sensuelle de sa démarche créatrice». Un bonheur que le sculpteur vécut tout particulièrement à partir de son installation en 1921 à l’Étang-la-Ville, près de Marly dans les Yvelines, où il travailla une partie de l’année jusqu’en 1935. Ses balades en forêt lui inspirèrent ce rapprochement de la nature et des formes simples, que l’on retrouve dans ses corps féminins aux bustes suggérant des troncs d’arbre et aux bras se nouant comme les branches. Si ces sculptures inspirent solidité et force, elles affichent aussi des formes rondes et généreuses, aux pleins et aux vides sur lesquels ombre et lumière viennent jouer. Dans son Ondine, une terre cuite à patine rosée (16,7 44,8 12,5 cm), tirée avant 1954 à six ou huit épreuves et présentée également dans cette vente (45 000/55 000 €), la surface même de la sculpture est traitée telle l’écorce d’un arbre aux sillons du bois visibles. Cette étude du corps humain, de ses métamorphoses et de sa sensualité, s’éloigne de l’analyse rigoureuse et géométrique du cubisme, qui marqua son travail à partir de 1911 et sa rencontre avec Georges Braque. Grâce à leur incessant dialogue artistique, Laurens, l’autodidacte parisien, a offert quelques-unes des plus belles traductions en sculpture du cubisme à partir de 1916. Mais, tout comme son grand ami, il connaît dans les années 1920 un retour aux formes plus classiques, à une figuration plus traditionnelle et réaliste, qui verra son aboutissement à partir de 1930 avec ces femmes à la beauté intemporelle, qui séduisaient tout particulièrement Aristide Maillol et Henri Matisse.

samedi 23 avril 2022 - 14:00 (CEST) - Live
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